‹ Pie IXChapitre 204 sur 288 · CHAPITRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIEME

siste à monter de vertu en vertu. Nous admettons aussi un progrès dans la foi; c'est lorsque l'âme, illuminée et attirée par la grâce, va de clarté en clarté... »

Ainsi, du fond de sa captivité, Pie ÏX tient en échec toute la Révolution qui gronde contre lui. Prisonnier comme saint Pierre, il parle, et sa voix se fait entendre de toute la terre. Elle console d'autres évêques prisonniers comme lui; elle envoie aux exilés l'espoir du retour; elle réveille jusqu'aux nations qui semblent frappées de mort et fait luire devant elles l'aurore de la résurrection. Il n'est pas de roi sur son trône, pas de conquérant sur son char triomphal, dont les paroles soient aussi écoutées que celles de ce captif.

La Révolution est lasse depuis longtemps de cette voix importune ; elle l'a néanmoins supportée six ans, afin que la liberté de la parole de Pie IX empêchât de croire à la captivité de sa personne. Mais l'astuce italienne, qui sait être patiente au besoin, paraît avoir jugé le moment venu de faire un nouveau pas. M. Vigliani, ministre de grâce et de justice, par une circulaire coïncidant avec l'arrivée de Garibaldi à Rome (1), a décidé que les journaux reproduisant les discours et autres documents pontificaux pourront être saisis et condamnés comme pour les déhts de presse communs; et s'il arrive que l'enseignement de la vérité éternelle soit en désaccord avec les lois et les maximes d'un royaume né du vol et du parjure, ces journaux seront supprimés. Ainsi se resserre peu à peu le cercle dans lequel les ennemis de l'Eglise circonscrivent la papauté, qu'ils prétendaient ne vouloir décharger de son pouvoir temporel que pour la rendre plus libre.

Les audiences du Vatican ont parfois donné lieu à des traits admirables d'esprit, de dignité ou de bonté de la part de Pie IX.

On raconte qu'un jour, comme il arrive souvent, les Anglais et les Américains s'y trouvaient en majorité. Pie IX, selon son habitude, après une allocution générale, interrogeait chacun des assistants, lui demandant de quel pays il était, ce qu'il faisait. Il arriva

(1) Février 1875.

près d'une jeune dame anglaise, fort timide, et lui demanda où elle était née : « J'ai vingt-quatre ans, » répondit la jeune dame, que son trouble avait empêché de comprendre la question de Sa Sainteté.

Le Pape ne put s'empêcher de sourire : a Je n'ai pas demandé votre âge, dit-il, mais votre pays. »

L'Anglaise, comprenant de moins en moins, se jeta aux pieds du souverain Pontife en sanglotant :

« Pardon, Saint-Père, je vous ai trompé : je n'ai pas vingt-quatre ans, mais bien vingt-cinq ans et deux mois et demi. Pardonnez-moi, pardonnez -moi ! »

Le Saint-Père la releva avec bonté et, s'efforçant de contenir d'un signe l'hilarité générale qui éclatait parmi les assistants, il rassura la pauvre dame et l'engagea à ne plus mentir désormais, fut-ce pour des bagatelles. .

Il se montra plus sévère dans une autre audience, donnée spécialement à des Anglais. Tout le monde, à son arrivée, s'était levé, et les catholiques s'agenouillaient pour recevoir la bénédiction apostolique. Une seule personne ne donnait aucun signe de respect, mais demeurait immobile sur sa chaise, affectant de considérer froidement toutes choses. C'était un jeune homme, précepteur des enfants de sir Paget, ministre d'Angleterre. Pie IX se tourna vers lui et lui dit à haute voix :

« Mon ami, nul n'est obligé de venir chez le Pape; mais quand on y vient, il faut y observer les convenances, à quelque secte qu'on appartienne. »

L'Anglais comprit; il n'osa pas contester, mais ne voulut pas se soumettre, et sortit de la salle. On ajoute que le ministre d'Angleterre, informé de cette impertinence, le renvoya le soir même de sa maison (1).

Le prince de Galles, héritier de la couronne d'Angleterre, eut en 1872 , avec la princesse sa femme, une audience de Pie IX. Il en sortit comme subjugué par la majesté et la mansuétude du Pontife. '

(1) Avril 1875.

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