CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
OÙ nous avons senti battre le cœur dont Chrysostome aurait dit, comme de saint Paul : « Cor Pn, cor Christi : Le cœur de Pie IX est le cœur du Christ. » Il nous répétait dans la langue caressante de l'Italie : « Mon très-cher évêque, mon très-cher fils ! » Puis, parlant en français, il nous dit : u Vous avez bien fait de venir à Rome avant d'aller à Reims, je le désirais..., vous me.faites plaisir..,, je savais bien que vous regretteriez votre diocèse de Tarbes et que j'allais vous causer de la peine. Je vous sais bien gré d'avoir obéi..., Dieu vous récompensera, mon fils, d'avoir fait plaisir au Pape en cette circonstance. »
» Mon très-cher archevêque, nous ne sommes pas là pour être heureux... Nous sommes soldats, et il faut aller aux postes où il y a le plus à combattre. » Et un peu après : « Mon fils, vous l'aimez bien cette bonne Mère (et il me montrait de la main une image de la très-sainte Vierge Marie). Ayez donc confiance, elle me soutient, moi. Elle ne vous abandonnera pas ! »
» Le Saint-Père se laissa aller à parler de l'état du monde. Sa pensée nous semblait le regard de l'éternité sur ces ombres qui passent. Ses jugements, indépendants des hommes et des situations, ne s'inquiétaient que du salut des âmes et de la gloire de Jésus- Christ. Nous étions bien haut au-dessus des passions et des partis pris, près des conseils de la Providence. En l'entendant nous disions : C'est le surnaturel qui a le secret de la vraie science politique et sociale... Il n'y a de fort que l'homme qui voit tout en Dieu.
)) Nous demandons au Seigneur de remettre souvent devant notre âme ce qui nous apparut à la fin de l'entretien.
» —Ah! dit le Pape, mes malheurs, je les supporterais courageusement, et Dieu me donnerait la force de ne pas plier sous les malheurs de l'Eglise. Mais il y a une chose que je ne peux pardonner à ceux qui nous persécutent... Les malheureux! ils tuent la foi de mon pauvre peuple..., ils dévorent l'âme des enfants dans la pauvi'e Italie ! . . . »
» A ce moment, le Pape porta la main à sa poitrine, ses doigts froissèrent violemment la blanche étoffe de sa soutane, et d'un accent devenu déchirant, il s'écria :
» Ah! ils m'arrachent le cœur!
» L'auguste vieillard était sublime.
» La grande âme du Pape subjuguait la nôtre, et en même temps la pénétrait de lumière et de force. »
» Comme nous parlions avec admiration devant Pie IX de sa puissance, plus étonnante que jamais au milieu du dépouillement et de l'abandon, il nous dit : (( Moi, je ne suis qu'un pauvre vieillard : que pourrais-je?... Mais les catholiques me portent : voilà ma force. » Parole grande autant que vraie. Oui, le dévouement des âmes chrétiennes est le char de triomphe sur lequel Pie IX passe et règne. »