‹ Pie IXChapitre 208 sur 288 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

harmonie qui enchante ; mais quand elle s'anime, elle prend une force que peu d'autres sauraient atteindre. Elle est assurément une des plus belles de Rome, et c'était une des merveilles des grandes cérémonies de la semaine sainte, lorsque, au temps de sa liberté, on l'entendait résonner sous les voûtes de Saint-Pierre, ou lorsque, le jour de Pâques, dans les solennels accents de la bénédiction urbi et orbi, elle traversait la place Saint-Pierre et pénétrait jusqu'au delà du grand obélisque.

S'il ne trouve jamais rien d'assez riche pour le service des saints autels, et si les salons du Vatican abondent en œuvres d'art et en meubles somptueux. Pie IX se contente personnellement d'un cabinet de travail et d'une chambre à coucher d'une extrême simplicité. Cette dernière même est tout bonnement carrelée, et l'auguste habitant n'y souffre jamais de tapis. Aux fenêtres, elle a des rideaux jaunes unis; au fond un petit lit de fer, sans rideaux, et un petit prie-Dieu surmonté d'un crucifix. Le cabinet de travail est exigu, bas de plafond, avec des murs tendus de papier commun, et, pour tout ameublement, une table recouverte de basane, deux chaises, un fauteuil et une bibliothèque.

Jamais on n'allume de feu dans la chambre à coucher de Pie IX, quelque froid qu'il fasse.

Pie IX s'était imposé, dès le commencement de son pontificat, un règlement dont il n'a que fort peu dérogé, malgré son grand âge. A moins qu'une fatigue exceptionnelle ou les conseils de son médecin ne l'obligent à un plus long repos, il se lève encore aujourd'hui, en toute saison, à cinq heures et demie. Son domestique lui apporte de l'eau tiède et il se rase lui-même et s'habille sans aide.

Après sa prière, qu'il fait maintenant dans sa chambre, il monte dans sa petite chapelle, où il reste en adoration devant le saint Sacrement pendant une demi-heure, puis il dit sa messe. Lorsqu'il ne peut pas offrir le saint sacrifice, par suite de quelque indisposition, il assiste toujours à la messe de l'un de ses chapelains et il communie.

Il donne ensuite les ordres urgents qui ne souffrent aucun retard et prend, vers neuf heures, un peu de bouillon ou de café noir; puis

il travaille durant toute la matinée, seul d'abord, puis en compagnie des cardinaux ou préfets des diverses congrégations, qui viennent l'entretenir des affaires générales de l'Eglise.

Le dîner a lieu à deux heures et ne dure que vingt minutes ; il est précédé d'audiences diverses, d'une très-courte promenade et de quelques instants d'adoration devant le saint Sacrement. On ne sert à ce dîner qu'un potage, un morceau de bœuf bouilli, une friture (ou un rôti), un plat de légumes et un fruit. Le vin, que Pie IX additionne toujours de deux tiers d'eau, esl un petit vin blanc ordinaire qui s'achète jour par jour chez un marchand de la rue des Tre Canelle. Pie IX n'a pas de cellier.

Cependant, depuis quelques années seulement, quand il est fatigué, il prend à la fin du repas un petit verre de vin de Bordeaux, dont les sœurs de Saint-Joseph de cette ville ont le privilège de le fournir. C'est le produit d'une vigne que ces saintes religieuses cultivent de leurs mains et qu'elles nomment la vigne de Pie IX.

Il reçoit de tous côtés bien d'autres provisions ; mais elles vont toutes aux hôpitaux. Jamais il ne touche aux sucreries, ni aux pâtisseries. Un jour il se laissa persuader de goûter la liqueur de la Grande-Chartreuse. Il ne put achever le petit verre et dit en riant : « Excellente liqueur, mais excellente surtout pour l'estomac d'un troupier. )>

L'étiquette pontificale veut que le Pape mange seul quand il est à Rome; toutefois on déroge à cette règle en faveur des princes et des princesses.

Après son dîner. Pie IX fait une sieste d'un quart d'heure, puis il récite son chapelet et son bréviaire ; il fait ensuite une promenade dans les galeries du Vatican, ou, si le temps le permet, dans les jardins. Il affectionne particuUèrement une allée tapissée de volubilis et bordée d'orangers magnifiques. Il aime à s'asseoir à l'extrémité, sur un banc de fer, à l'ombre d'un saule pleureur, près d'une fontaine qu'on appelle la fontaine de la Zitella, et à émietter, à travers le grillage de la basse-cour, du pain et du gâteau aux petits pigeons paons, dont le plumage est blanc comme sa robe.

Il marche seul, appuyé sur son bâton, avec une aisance singulière

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