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CHAPITRE QUATRIÈME

lait lui-même à ce qu'elles fussent observées dans la ville de Rome. Un soir, à une heure assez avancée, il se présente, suivi d'un seul camérier, à la porte d'un couvent et demande le prieur. Le frère portier ne voit pas à travers la grille la soutane blanche du Pape, et répond à ce visiteur indiscret : « Est-ce l'heure de frapper à la porte d'un couvent? Allez-vous-en; le prieur est au ht et la communauté dort. Vous reviendrez demain. )> Mais le visiteur insiste : « Ahez dire à votre prieur que frère Mastaï désire lui parler. — Frère Mastaï ? Quel est ce frère Mastaï? se demande le portier. Un frisson lui vient avec la pensée que ce nom est celui du Pape ; il ouvre , reconnaît Pie IX et se confond en excuses. Pie IX inspecte le couvent et veut qu'on fasse l'appel. Deux rehgieux n'y répondent pas. On dit, pour expliquer cette irrégularité , que la chaleur les a forcés à aller chercher quelque fraîcheur dehors, « La règle est faite pour être gardée en été comme en hiver, n observe sévèrement le Pape. Il adresse de justes reproches au prieur et lui enseigne, par son exemple, comment on resserre les liens de la discipline qui se relâchent. Le lendemain les deux religieux trouvés en défaut reçurent l'ordre de se rendre à une maison de correction ecclésiastique.

Pie IX , accablé de tant de soucis comme roi et comme chef spirituel de la chrétienté , trouvait encore dans son amour le temps de remplir lui-même les fonctions d'évêque de Rome. Six mois après son exaltation , au commencement de 1847 , causant avec un célèbre prédicateur, le P. Ventura, il se plaignait à lui de la mauvaise habitude qu'ont les ouvriers de blasphémer le nom du Seigneur , et de l'inobservation de la loi du jeûne : « Que ne tonnez-vous , du haut » de la chaire , contre ces pratiques déplorables ? lui disait-il. — » Très-Saint-Père, répondit l'orateur chrétien, je l'ai fait souvent, » mais sans succès. — Je devrais donc essayer à mon tour, reprit » Pie IX ; mais il y a si longtemps que les Papes n'ont paru dans la » chaire, et j'ai si peu d'éloquence, que je craindrais de n'offrir au » peuple qu'un vain spectacle , dont il ne profiterait pas mieux. — » Votre Sainteté se trompe. L'amour du peuple pour sa personne est » au moins un gage assuré de l'attention qu'il prêterait à vos pa- » rôles. — Eh bien ! vous me décidez. Vous devez prêcher le 13 jan-

» vier à Saint-André délia Valle, cédez-moi votre tour et me gardez » le secret. » Au jour dit, à trois heures et demie, l'auditoire qui attendait le P. Ventura vit le souverain Pontife se diriger vers l'estrade qui sert de chaire dans les églises italiennes. L'émotion fut vive; pareil spectacle ne s'était pas vu peut-être depuis saint Grégoire VII. Mais bientôt un grand silence se fît et l'on n'entendit que la voix du Pasteur des pasteurs.

Comme il le disait lui-même , Pie IX n'était point ce qu'on appelle un orateur; mais chez lui une parole claire, facile, toujours juste dans le choix de ses expressions , et servie par un organe étendu et sonore, tenait heu de mouvements oratoires. Il avait surtout un air de bonté paternelle, une autorité persuasive et une sincérité d'accent si pénétrante, que ceux-mêmes qui, pour cause de surdité ou parce qu'ils se trouvaient trop loin, ne faisaient que le voir sans l'entendre, en étaient remués, comme le reste des auditeurs, jusqu'au fond de l'âme. Ainsi parlait, en France, le curé d'Ars ; ainsi parlent les saints. Les témoignages d'amour qu'il avait reçus des Romains à l'occasion de la nouvelle année , lui fournirent son exorde. 11 en rapporta l'hommage à Dieu, seul auteur de tout bien. Ensuite il parla de ce qui était l'objet de son discours : le blasphème et la loi du jeûne; puis il finit par bénir la ville, après avoir invoqué sur elle toutes les prospérités qu'il lui souhaitait : « Seigneur, s'écria-t-il , visitez cette vigne » que vous avez plantée. Visitez-la, et en la visitant, écartez cette » main de fer qui pèse sur elle... Versez dans le sein des généra- » tions qui s'élèvent les deux plus beaux attributs de la jeunesse : la » modestie et la docilité. Eteignez ces haines funestes qui divisent » les citoyens et les arment les uns contre les autres... Visitez-la, )) Seigneur, et en la visitant, réveillez les sentinelles d'Israël ! Aver- )) tissez-les, et moi tout le premier, de donner le bon exemple, et de » s'armer d'une force et d'une prudence divine pour veiller aux in- » térêts du peuple confié à leur garde ! » L'effet de ce sermon fut prodigieux, non- seulement dans l'auditoire de Saint-André, mais dans toute la ville.

Chaque jour révélait quelque nouveau trait de charité du nouveau Pape, et le rendait plus cher aux Romains. On le voyait arriver,

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