‹ Pie IXChapitre 211 sur 288 · CHAPITRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIEME

C'est-à-dire : Fins comme tu voudras ; fris où tu voudras; fris autant que tu voudras.

Et le fritiirier s'en alla heureux, défiant qui que ce fût désormais de le déposséder de son bien.

Ce n'est que dans la vie des Papes ou des rois vraiment chrétiens qu'on rencontre de ces traits qui sont les perles précieuses de l'histoire.

Le suivant est plus déMcieux encore; il rappelle l'apôtre saint Jean se récréant avec une colombe. Nous l'empruntons à une lettre d'un frère des écoles chrétiennes de Rome :

« J'ai dans ma classe, écrit ce bon religieux, un petit écolier, frère d'un garde-noble de la famille de Giustiniani. C'est un petit ange du bon Dieu. Le Saint-Père, qui le connaît, l'aime beaucoup. Il y a quelques jours, il alla au Vatican avec son frère. Il entra dans la chambre du Saint-Père, qui, en le voyant, s'écria : « Ah! te voilà! Il y a bien longtemps que je ne t'avais vu ! Comment te portestu? » Et le dialogue continua ainsi sur le ton de la plus paternelle bonté. Enfin le Pape ajouta : « Maintenant, va faire quatre sauts au jardin. » Peu après, le Saint-Père descendit aussi pour sa promenade, et, retrouvant notre petit bonhomme, renoua avec lui la conversation : (( Sais-tu beaucoup de jeux ? lui dit-il. — Oui, Saint- Pèré, j'en sais tant et plus. — Voyons, ajouta le Pape, si tu sais celui que je te ferai faire. Maintenant je vais me cacher, et quand je serai prêt, je te ferai avertir par le garde. » Et le Saint-Père, après quelques détours, alla se cacher dans la grotte de Notre-Dame de Lourdes, avec trois cardinaux qui l'accompagnaient (1). Le gardenoble Bella vint bientôt donner le signal, et voilà notre petit Giustiniani jouant à cache-cache avec le Saint-Père. Il courait de ci et de là, demandant aux gardes où était passé le Pape. Le Saint-Père observait tous les mouvements de notre petit bonhomme, et s'en amusait beaucoup. A la fin, il sortit de la grotte et, rejoignant son petit ca-

(1) Cette grotte de Lourdes est un fac-similé offert au souverain Pontife par un toulousain, M. Hispa. Elle a été déposée dans les jardins du Vatican, au pied d'un monticule, tout auprès des oiseaux auxquels Pie IX aime à jeter leur pâture.

marade, il lui dit avec un aimable sourire : « Ah ! je vois bien que tu n'es pas très-habile à ce jeu. » Et le Saint-Père, continuant à causer avec ce cher petit ange du bon Dieu, regagna ses appartements pour y reprendre le soin des graves intérêts de la sainte Eglise. »

Un jour le chirurgien de Pie IX, Gonstantini, dut lui faire une opération très-douloureuse. Le patient ne dit pas un mot, ne poussa pas un gémissement. Quand tout fut fini, Gonstantini lui ayant demandé sïl avait beaucoup souffert, le doux et courageux vieillard lui répondit en souriant : « Ah ! vous m'avez fait voir plus d'étoiles que le P. Secchi ! »

Lorsque le baron de Menneval, ministre de France à Munich, après avoir apposé sa signature au bas du misérable traité de Zurich, eut renoncé à sa carrière pour entrer dans les ordres, Pie IX reçut en audience privée M^'' de Ségur, alors élève du séminaire français de Rome, où se trouvait également le nouveau candidat au sacerdoce. Le Saint-Père lui demanda, dans le cours de la conversation, s'il croyait que M. de Menneval connût son impérial maître. — (( Franchement, répondit M^'' de Ségur, il est bien possible qu'ill'ait quitté justement parce qu'il le connaissait. » Le Pape sourit et ne répliqua rien, montrant ainsi suffisamment que ce qu'il venait d'entendre, répondait à sa propre pensée.

Pie IX a , par excellence, la méinoire du cœur. Pendant le Goncile du Vatican , dans une promenade sur la voie flaminienne, il rencontra deux évêques français, les évêques de Poitiers et d'Angoulême. « Je veux faire une promenade avec vous, mes frères, dit-il; et, descendant de voiture, il marcha longtemps entre les deux évêques, suivis de leurs théologiens. Son pas était ferme, sa conversation tantôt grave, tantôt enjouée, toujours exquise de bienveillance. Gomme l'évêque d'Angoulême s'appuyait sur une canne, le Pape lui dit en riant : « Moi, je ne prends pas de bâton; je tiens à faire bonne figure devant mes enfants. G'est dans mes villégiatures seulement que je me le permets. » On rencontra sur la route un cocher tenant la bride de ses chevaux et agenouillé : « Gomment , te voilà, mon cher Michel, mon pauvre Michel! s'écria le Pape... Tu as donc quitté les rames de ton canot! Bien des jours se sont

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