‹ Pie IXChapitre 212 sur 288 · CHAPITRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIEME

passés depuis Gaëte!... Voyez, dit Pie IX, ce brave homme était mon batelier pendant mon exil à Gaëte. » Michel pleurait de joie d'être ainsi reconnu , après vingt ans , par le Vicaire de Jésus- Christ. — Plus loin , un pauvre se tenait sur le bord de la route : le Pape s'approcha de lui et le bénit, l'appelant par son nom et lui remettant quelques pièces de monnaie : Cognosco oves meas, je connais mes brebis, dit-il aux évêques avec un accent indéfinissable de tendresse.

M^"" Bouvier, évêque du Mans, "tomba malade à Rome, d'une maladie qui mit fin à ses jours. Aussitôt que Pie IX en fut instruit, il voulut aller voir ce digne moribond. Certains prélats de la cour pontificale lui dirent. « Il est à craindre, très -Saint- Père, que votre arrivée ne lui fasse éprouver une émotion trop forte et par conséquent funeste. » Il répondit : (c Jamais la visite d'un Père ne fait du mal à son fils. »

Cette visite fut pour l' évêque mourant la plus grande des consolations : a Ah! s'écria-t-il, la divine Providence me fait trop de grâces : j'ai reçu mon Dieu ce matin, et ce soir, je reçois mon Père. »

Les anecdotes qui suivent sont plus récentes. Elles sont toutes postérieures à l'invasion du 20 septembre 1870.

Un dimanche du mois de mai 1874, Pie IX se promenait dans les jardins du Vatican, suivi, selon sa coutume, de quelques prélats de sa maison et de quelques évêques de passage à Rome. Au détour d'une allée, on rencontra vingt-cinq bergers de la campagne romaine agenouillés, chacun tenant dans ses bras un agneau blanc ou noir, ou tacheté, gracieusement enrubanné aux couleurs de l'Eglise, pourpre et or. Ces bergers venaient du hameau de Prima-Porta avec leur curé. C'étaient de très -beaux hommes , de cette forte race du Latium , au teint bronzé , aux traits aquilins , aux formes mâles , à la démarche fière et royale. Mais devant le Pape, ils avaient lo regard chargé de tendresse, et, comme le fit remarquer Sa Sainteté, ils avaient l'air aussi doux que leurs agneaux.

Le bon curé lut une adresse où les rapprochements entre le Christ et les agneaux , le Pasteur suprême et les bergers venaient

d'eux-mêmes. Puis un des bergers romains, tenant toujours son agneau dans les bras, s'avança et récita un compliment en son idiome romagnol, où l'énergie de l'accent n'excluait pas la grâce de l'expression.

Pie IX, appuyé sur sa canne, contemplait ce doux et fier jeune homme, vêtu de sa peau de mouton , chaussé de ses guêtres de cuir montant au-dessus du genou , comme dans le tableau de la Nativifé de Ribeira; il sentait ses yeux se mouiller de larmes. Il accepta les agneaux. « Mais , dit-il , Nous les donnerons aux pauvres , et ainsi sera doublement bénie la piété filiale de ces excellents bergers. »

Le curé ayant fait observer qu'il y avait là , tout près , des rnassaïe ou fermières, arrivées avec les bergers : « Qu'elles viennent ! qu'elles viennent! s'écria Pie IX. « Elles apportaient des fleurs. Le doux vieillard bénit les unes et les autres, puis il donna à chacun une belle médaille d'argent, et il disait avec une gaieté triste : « Voici , mes enfants , quelque chose que vous ne voyez plus depuis quatre ans : de l'argent en argent et non pas en papier. »

Une autre fois, il se promenait dans une salle où de pieux visiteurs avaient exposé les objets qu'ils voulaient ofîrir à Sa Sainteté. Parmi ces objets précieux se trouvait une magnifique tapisserie représentant sainte Agnès avec un agneau au milieu des flammes. Au sujet de ce tableau, le Pape eut une inspiration heureuse :

(( Cette tapisserie, dit-il, est une image de la Providence. Quand les ouvriers faisaient ce tableau, le public ne voyait qu'un amas de laines de toutes les couleurs, confondues dans un grand désordre apparent, et où personne ne pouvait reconnaître un plan suivi. C'était l'envers qu'on apercevait. Mais l'œuvre faite, elle a été retournée, et vous voyez le dessein merveilleux que produisait le travail. Ainsi en sera-t-il des événements qui s'accomplissent en ce moment. En apparence, tout est confusion et désordre. Les éléments les plus disparates sont rassemblés sans qu'on puisse prévoir ce qui en sortira ; mais , à un moment donné , nous apercevrons le plan véritable de la Providence, et nous verrons resplendir l'Eglise, au triomphe de laquelle le bien comme le mal auront contribué. » On voyait, vers la fin de septembre 1872, dans l'hôpital des

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