‹ Pie IXChapitre 214 sur 288 · CHAPITRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIEME

Quand Pie IX apprit que l'Assemblée nationale avait ordonné des prières publiques, il s'écria en levant les mains au ciel : « Maintenant, ô mon Dieu, vous allez enfin avoir pitié de ma chère France. La France prie, la France est sauvée ! »

Gomme l'évêque d'Arras déposait aux pieds du Pape le produit du Denier de saint Pierre dans son diocèse, Pie IX lui demanda : u Gomment faites-vous donc, vous autres Français? Vous payez des milliards aux Prussiens, et vous avez encore de l'argent pour le Pape ! Grande nation ! »

Il dit à l'archevêque d'Alger : (c Je suis convaincu que mon salut est lié à celui de la France, et que la France, encore une fois, sera l'instrument choisi de Dieu pour relever ce Saint-Siège. » Il confirma, dans une autre circonstance, cette même prévision qui doit remplir d'espérance les cœurs français : « Dans l'Europe catholique, dit-il, on fait beaucoup pour ma cause ; mais ces efforts n'aboutiront à rien avant que la France soit relevée. »

La canonisation de saint Benoît- Joseph Labre, fut pour Pie IX une nouvelle occasion de bénir solennellement la France, comme l'avait été auparavant celle do sainte Germaine Gousin, et comme, bientôt après, le titre de Vénérable donné à M. Viannay, curé d'Ars, celui de Bienheureux à l'abbé de la Salle, fondateur des écoles chrétiennes, et l'ouverture de beaucoup d'autres procès canoniques tendant à grossir le catalogue des saints.

Pie IX est peut-être, de tous les Papes, celui qui a le plus travaillé à promouvoir la gloire de Dieu par celle de ses saints. Il a fait rereprendre et conduit à bonne fin, ou plus ou moins avancé, un tel nombre de procès de canonisation qu'on en est comme stupéfait, lorsqu'on songe à ses autres travaux. Il a inscrit saint Alphonse de Liguori, après un examen minutieux de toutes ses œuvres, dans le catalogue des Docteurs de l'Eglise, et projette, dit-on, d'y ajouter aussi saint François de Sales.

G'est lui également qui, par un décret du 8 décembre 1871, déclara saint Joseph patron de l'Eglise universelle. Un autre décret, en date du 6 mai de l'année suivante , régla que dorénavant, le jour de la fête de ce grand saint, et pour donner plus d'éclat à

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cette fête, il y aurait chapelle pontificale dans le palais apostolique.

Un peintre français, chargé par le Saint-Père de faire le tableau de l'Immaculée Conception, vint lui montrer son esquisse : « C'est bien, dit Pie IX, après un examen attentif; mais je ne vois pas saint Joseph. » Le peintre répondit qu'il le mettrait dans un groupe, au milieu des nuages de la gloire. « Non, répartit Pie IX en posant son doigt à côté de Jésus-Christ, c'est là^ et là seulement que vous le ferez figurer, car au ciel il n'est pas ailleurs que là. »

Cette tendre piété ne l'empêcha point d'interdire une dévotion nouvelle, le chapelet de saint Joseph, qui assimilait en quelque sorte le culte de ce saint à celui de la Mère de Dieu. Pie IX surveille la superstition du même œil que l'impiété. Au commencement de '1875 (i), il fît signaler à tout l'épiscopat, par la Congrégation du Saint-Office, une certaine (c démangeaison de dévotions insolites et téméraires qui se produisaient sous forme d'opuscules, d'images pieuses et de litanies. » Il constatait de plus, avec surprise, (( l'application aux questions religieuses de certains procédés empruntés aux habitudes toutes contemporaines de la vie politique, et blâmait, dans les questions religieuses, ces pétitionnements et ces appels à la publicité, qui tendraient à déplacer le véritable centre de l'autorité dans l'Eglise, en provoquant la pression des simples fidèles et des journaux sur les évêques et sur le souverain Pontife (2). »

(1) 28 janvier.

(2) Les deux journaux catholiques les plus accrédités de Rome ajoutèrent à la communication du Saint-Office les observations suivantes, bonnes à méditer partout, mais surtout en France :

(c S'il nous est permis d'unir notre voix à celle du souverain Pontife, nous le ferons bien volontiers pour blâmer de toutes nos forces ces nouveautés insensées que l'on voudrait introduire dans notre admirable culte , et qui sont le produit de quelques cerveaux malades, si même elles n'ont pas une pire et plus basse origine. Deux auteurs nous parlent du sang de la bienheureuse Vierge ; un autre disserte sur le cœur de saint Joseph ; un Anglais écrivait naguère que la Vierge Marie était présente dans la sainte Eucharistie, et un Français soutenait qu'elle existait réellement et physiquement avant la création du monde. Un Allemand a écrit que le cœur de Jésus est le centre de l'univers et que la très-sainte Trinité est soumise à Marie. Il y en a qui inventent des visions et des prophéties, et, ce qui est pire, les déclarent approuvées par l'Eglise.

» Qu'e.4-ce que tout cela? Est-ce de la vraie foi, de la vraie piété? Non, c'est

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