CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
Pie IX, si prudent et si réservé dans sa propre conduite, n'approuva jamais les intempérances de zèle ou de langage. Il donna un jour publiquement des conseils de modération à d'intrépides publicistes catholiques de Paris, en même temps qu'il signalait à une autre école de publicistes également catholiques l'écueil d'une prudence excessive (1). Une feuille satirique, la Frusta, fondée à Rome pour combattre la révolution par les armes du ridicule, reçut de lui l'avertissement que le ton de sa polémique semblait souvent outré, et qu'elle pouvait faire plus de mal que de bien. La Frusta cessa spontanément de paraître (2).
Après une vie aussi pure, aussi féconde et aussi dévouée, il n'est pas étonnant que Pie IX apparaisse aux yeux de bien des personnes, comme un élu prédestiné à recevoir un jour les honneurs du culte pubhc. C'est surtout quand il célèbre le saint sacrifice, ou lorsqu'il fait son action de grâce, que son visage rayonnant et comme transfiguré, ravit d'édification tous ceux- qui le voient. C'est un saint! c'est un saint! murmure-t-on parfois autour de lui, mais à voix basse : lui qui a repoussé le surnom de grand, il accepterait moins volontiers encore celui de saint.
Mais il semble qu'on peut, sans témérité, prédire que ce titre
souvent de l'igaorance, quelquefois de la perfidie. Il serait extrêmement regrettable que de telles productions restassent entre les mains des bons fidèles, dont elles troublent les idées , faussent les principes et mettent en danger la foi qui est leur plus précieux trésor. Malheureusement aussi elles passent dans les mains des ennemis de l'Eglise, qui s'en servent pour nous accuser, comme si l'Eglise était responsable de ces élucubrations et de tout ce que des milliers d'individus, plus ou moins catholiques, se permettent d'écrire sans savoir de quoi ils parlent. Il faut lire Pusey et plusieurs autres auteurs anglicans pour voir comment ils nous raillent en citant ces écrits stupides , comme si c'étaient des bulles pontificales ou des décrets conciliaires.
« L'Eglise a fait et fera toujours son devoir. Qu'on ouvre le catalogue des livres mis à l'index, et l'on y trouvera une longue série d'œuvres soi-disant spirituelles ou ascétiques, méditations, prières, vies de saints extravagantes, révélations et miracles controuvés, recueils d'indulgences fabriquées par l'imprimeur et quantité d'autres supercheries et balivernes. L'Eglise les a condamnées et prohibées, ce qui répond suffisamment à ceux qui veulent la rendre responsable de ce qu'elle ne peut pas empêcher. »
(2) Mars 1875. -
glorieux, le plus glorieux des titres, couronnera, avec tous les autres, sa mémoire bénie. Dieu lui-même s'est plu à nous le faire pressentir. Il a glorifié ce grand serviteur dès son vivant.
L'histoire ne saurait enregistrer encore toutes les grâces surnaturelles obtenues par la vertu de Pie IX. Ce serait contraire à l'esprit et aux vœux de l'Eglise, l'authenticité de ces faits n'ayant pu être examinée canoniquement. Toutefois, il nous sera bien permis de rappeler quelques-uns de ces récits merveilleux, dont retentissent de temps à autre les feuilles publiques, et particulièrement les Semaines religieuses diocésaines. A Londres, M, Bodenham, vieillard de quatre-vingt-quatre ans, épuisé et prêt à rendre le dernier soupir, fut subitement guéri au moment précis où Pie IX lui avait fait savoir qu'il unirait ses prières aux siennes (1). A Digne, une jeune novice paralysée sentit ses membres se délier en appliquant sur sa bouche un morceau de la soutane de Pie IX (2). A Paris, un jeune homme paralysé de même, fut instantanément et radicalement guéri en mettant à sa jambe un bas de Pie IX (3). M. le curé de Notre-Damedes-Ghamps, et M^'' Foulon, alors supérieur du petit séminaire, aujourd'hui évêque de Nancy, sont nommés parmi les témoins de ce dernier fait. A Rome, dans les derniers mois de 1875, une religieuse française du Sacré-Cœur, complètement paralysée du bras droit, retrouva la vie et le mouvement pour ce bras desséché et inerte , au moment où Pie IX le prenant dans ses mains , le souleva et lui fit faire le signe de la croix (4).
Un jour Pie IX se rendit à un hôpital. Parmi les malades, on lui en signala dix , dont l'état semblait désespéré. Un jeune Canadien , entre autres, agonisait. Il n'y avait plus que le prêtre à son chevet, et l'étole violette reposait, selon l'usage romain, sur le pied du lit. Le Pape s'approcha de ces malades,, leur imposa les mains, les toucha et pria. Chose étrange : ils guérirent tous.
(1) Janvier 1865; lettre de M"ie de La Barre -Bodenham au P. de Villefort, jésuite à Rome.
(2) Août 1866 ; lettre du R. P. Moulin, mariste, directeur au grand séminaire de Digne.
(3) Décembre 1866; lettre de M. Ch. Desperrins, père du jeuue malade.
(4) Fait raconté dans la Semaine catholique de Périgueux par un témoin oculaire.