CHAPITRE QUATRIÈME
sans s'être annoncé, dans les paroisses où se faisaient les premières communions, et distribuer lui-même le pain des anges. Les enfants, les pauvres, les délaissés, l'attiraient de préférence, et bientôt il n'y eut pas un établissement de bienfaisance qu'il n'eût consolé de sa présence et de sa parole apostolique. A l'hospice de la Trinité-du- Mont, trouvant un pauvre prêtre arrivé malade du fond de la Prusse, du diocèse de Munster, il s'agenouilla devant lui et lui lava les pieds. Celui-ci, comme saint Pierre , voulut s'en défendre ; mais comme saint Pierre aussi, il lui fallut céder à la charité du maître. Un autre jour, à l'hôpital du Saint-Esprit, Pie IX remarqua une vieille femme paralysée qu'il avait protégée pour la faire admettre, et qui faisait tous ses efforts pour se lever et venir le remercier. Il s'avança lui-même vers elle, la bénit et lui dit, en lui tendant sa main à baiser : « Ne vous dérangez pas, ma bonne mère. » L'infirme s'attacha avec transport à cette main, tandis que le saint Pape la bénissait de l'autre. Fût-ce l'effet de la joie ou de la bénédiction ? Toujours est-il qu'elle se leva et se mit à marcher comme si elle n'eût jamais été paralysée.
Un habitant des Monti , quartier voisin du Quirinal , ayant perdu le cheval qui portait ses provisions au marché et n'ayant pas de quoi en acheter un autre , s'avisa de la réflexion suivante : Puisqu'on dit le nouveau Pape si bon, pourquoi n'irais-je pas lui demander un cheval de rebut de son écurie ? Et sitôt pensé, sitôt fait : il se dirige vers le Quirinal. Rencontrant au pied de l'escalier un secrétaire du souverain Pontife, il lui expose l'objet de sa visite. Le secrétaire se charge de présenter sa requête et lui dit d'attendre. Il revient, au bout de quelques instants , avec la réponse du souverain Pontife. Pie IX, charmé de tant de confiance, accordait le cheval et y ajoutait deux pièces d'or ; (( car, avait-il observé, cet homme ne doit pas être riche : autrement serait-il venu chercher un cheval au Quirinal ? »
Un matin. Pie IX parcourait une des salles du Vatican : il était seul. Il aperçut un jeune homme en contemplation, je devrais dire en extase, devant une admirable fresque du divin Raphaël. Le Pape se garda bien d'interrompre le visiteur ; mais quand celui-ci tourna la tête , il aperçut un vieillard en robe blanche qui le regardait en
souriant d'un sourire intelligent et doux. Pie IX avait deviné une âme d'artiste : (( Vous êtes peintre, mon enfant? — Oui, Saint-Père. — Vous êtes venu à Rome pour étudier? — Oui, Saint-Père. — Vous êtes sans doute élève de l'Académie de peinture ? — Hélas ! non. — Alors, vous avez un professeur? — Non, Saint-Père, je suis trop pauvre ; j'étudie seul, et Raphaël est mon maître. — Eh bien, mon enfant, entrez à l'Académie; voulez-vous? je payerai votre trousseau... — Oh ! Saint-Père... — Ne me remerciez pas. — Votre Sainteté ignore... que... — Parlez, dit Pie IX avec bonté, — Je suis protestant. — Oh ! oh ! fit en riant le Pape , cela ne regarde pas l'Académie!... » Georges Johnston eut, depuis ce jour, sa pension à l'Académie, sur la cassette du souverain Pontife.
Un soir que Pie IX allait monter en voiture , un pauvre enfant sanglotait tout près de la porte. Les gardes, pour épargner ce spectacle au Saint-Père, voulurent chasser l'enfant ; mais déjà Pie IX l'avait entendu. Il le fit approcher et lui demanda la cause de son désespoir : « On vient , lui dit l'enfant , de conduire mon père en prison pour une dette de douze écus. » Le Saint-Père, se retournant vers sa suite, demanda si quelqu'un pouvait lui prêter cette somme ; et comme personne n'avait assez d'argent, il remonta dans ses appartements, rapporta les douze écus, et envoya l'enfant délivrer son père.
Un autre enfant plus hardi écrivit directement au Pape : ce Saint- Père, ma mère est veuve , malade, et dans la plus affreuse misère. Je suis seul pour la soigner et la soutenir; si vous ne venez à mon aide, il m'est impossible de lui acheter les médicaments dont elle a besoin. Il nous faudrait absolument trente -trois paoli (environ 18 fr.); j'ose vous annoncer que j'irai demain les chercher au Quirinal. » Pie IX lut cette missive, et ordonna que le petit solhciteur lui fût amené, quand il se présenterait. Après l'avoir interrogé, il lui remit une pièce d'or. (( Vous me donnez trois paoK de trop , dit l'enfant, et je n'ai pas de quoi vous rendre. » Le Saint-Père lui dit de garder le tout, et le congédia. Cependant il le fit suivre pour savoir si l'enfant ne l'avait pas trompé. Les renseignements confirmèrent son récit. Pie IX fit revenir l'enfant : « Tu es un brave garçon, lui