‹ Pie IXChapitre 221 sur 288 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

La Révolution, lorsqu'elle battait en brèche le pouvoir temporel, prétendait vouloir le supprimer dans l'intérêt du spirituel; mais Pie IX et les catholiques savaient d'avance que penser de ce mensonge ; ils n'ont pas été surpris de voir la chute momentanée de l'indépendance territoriale du Saint-Siège coïncider avec un déchaînement général de persécution contre l'indépendance des âmes chrétiennes.

Une fois maîtresse, la Révolution a poussé l'impudence jusqu'à prendre prétexte de la suppression même du temporel pour supprimer aussi, là où elle l'a pu, les antiques relations régulières des états chrétiens avec le Saint-Siège. Le Pape n'étant plus souverain, à quoi bon entretenir auprès de lui des ambassadeurs, et accepter les siens? Et sur ce beau raisonnement, qui feignait de ne connaître dans le Pape que le chef du petit état romain, la majorité protestante du conseil fédéral suisse fît signifier à M^"" Agnozzi , légat du Saint-Siège à Berne, qu'il eût à s'éloigner du territoire de la confédération. L'empire d'Allemagne s'empressa d'imiter la Suisse, que du reste il avait poussée secrètement à prendre cette initiative. Le prince de Bismarck nomma à l'ambassade du Vatican un homme qu'il savait ne pouvoir être accepté, le cardinal de Hohenlohe, le seul des membres du sacré Collège qui s'abstint de remplir ses devoirs auprès de l'auguste captif de Victor- Emmanuel. Pie IX manifesta son mécontentement d'un semblable choix; Bismarck

répliqua qu'il n'enverrait personne autre et suspendit les relations diplomatiques du nouvel empire avec le Saint-Siège, pour les abolir formellement un peu plus tard.

La Prusse, on peut le dire, est une monarchie de parvenus. Issue non-seulement de la force brutale, comme toutes les puissances conquérantes, mais d'un mépris systématique des traités, elle est essentiellement révolutionnaire. A peine citerait-on, dans son histoire, une seule acquisition loyale. C'est par la trahison qu'elle s'est agrandie, depuis. le vol de la Silésie jusqu'à l'annexion du Hanovre et des Hesses, depuis le partage de la Pologne jusqu'à la confiscation de l'indépendance de l'Allemagne du sud. Elle n'a jamais démenti les traditions de son véritable fondateur, ce Frédéric II qui voulut être enterré au coin d'un bois, entre ses deux chiens.

Mais après que la victoire, grâce à la complicité des hbéraux de toute l'Europe et de Napoléon III lui-même, eut changé en empire ce royaume né d'hier, la Révolution se fit de cette puissance nouvelle le plus formidable levier de démolition religieuse qu'elle ait encore rencontré.

Aux services rendus s'ajoutèrent deux circonstances qui achevèrent de soumettre la Prusse à la Révolution. Ce furent d'une part l'éducation piétiste et les haines instinctives du nouvel empereur Guillaume I", contre le catholicisme; de l'autre, l'orgueil blessé d'un ministre sceptique et brutal, qui, avant d'avoir rencontré sur son chemin les consciences catholiques, ne croyait pas à la force morale.

Les leçons du passé n'instruisent pas les conquérants. Bismarck enivré, afi'olé de ses triomphes successifs sur deux grandes puissances, renouvelle l'histoire de Napoléon I", qui, lui du moins, avait pour son orgueil l'excuse de les avoir vaincues toutes. Il opprime chez lui et hors de chez lui. Il pousse, il excite la Suisse, l'Italie et les gouvernements disposés à supprimer, comme lui, la liberté des consciences catholiques ; il morigène les autres, les tracasse et les humilie. Triste, mais heureux spectacle pour ceux de ses ennemis qui savent réfléchir. Comme hommes, nous ne pouvons assurément nous réjouir de voir outrager la liberté et la dignité hu-

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