CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
mailles; comme chrétiens, il nous est interdit de souhaiter le mal afin que le bien en résulte; mais comme Français, nous ne pouvons nous empêcher, en présence de ces excès, de tressaillir d'une invincible espérance (1).
Pie IX expliqua un jour, dans une audience du Vatican (2), combien peu l'on doit compter sur les sympathies ou les antipathies nationales créées par la Révolution :
{( Je vous dirai encore une parole avant de vous bénir. Dans les premières années de mon pontificat, avant de quitter Rome sous le coup de la Révolution, il y avait un homme, mort aujourd'hui, qui était ministre, parmi tous ceux en grand nombre qui se sont alors succédé. Il était assez révolutionnaire, mais un révolutionnaire du genre plus tranquille, et non de ceux qui prennent en main le poignard et le revolver. Et il me disait avec force protestations : Une fois les Allemands partis, très-Saint-Père (et il ajoutait au mot Allemand une épithète disgracieuse), nous ne désirons rien de plus. Quand nous serons délivrés de ce joug que nous haïssons, nous voulons être vos sujets fidèles, et gare à qui attaquerait la sainteté de la religion de Jésus-Christ! De cette religion nous serons toujours les défenseurs et nous serons à vos ordres pour soutenir cette doctrine dans son intégrité.
» Eh bien, vous avez vu ce qui est arrivé. Ces promesses, le vent les a emportées et elles ont jonché la terre. Vous avez vu comment ils ont agi, ces hommes, une fois les Allemands chassés. Vous avez vu quelle union, quelle concorde, quelle paix ! Vous avez vu les provinces gagnées par celui qui les avait perdues ! Vous avez entendu
(1) « Lorsque, en 1870, prisonniers, mourant de faim, nous allions en Allemagne, les pieds meurtris et le cœur saignant, nous rencontrions sur notre route les soldats allemands de la réserve , qui portaient sur leurs casques ces mots, trop vrais à cette époque : Dieu est avec nous! Et nous baissions la tète, car la devise ne mentait pas.
» Aujourd'hui, dans leur orgueil, ces mêmes soldats s'attaquent à plus haut que l'humauité. Ils nous donnent un terrible allié qu'ils ont osé provoquer et qu'ils forcent à passer avec nous, qui le prions tandis que là-bas on l'insulte : cet allié, c'est Dieu ! » (Paul de Cassagnac, à propos de la suspension du journal VUnivers, exigée par M. de Bismarck, en janvier 1874.) - (2) 13 juin 1873.
ensuite les compliments qu'on a faits aux Allemands. L'Allemand, qui était un ennemi si perfide il y a vingt-quatre ans, est devenu aujourd'hui un objet de vénération. Oh! le monde; combien il est pervers! Le trait d'union pour certaines nations, aujourd'hui, c'est la haine contre le Seigneur et contre son Christ. »
Pie IX eut longtemps peine à croire à l'hostilité systématique de la Prusse; il en doutait encore en 1870, au moment des odieuses manœuvres de l'ambassadeur prussien, M. d'Arnim. Lui non plus, Guillaume I", n'avait pas prévu qu'arrivé au faîte de ses ambitions, il deviendrait persécuteur de l'Eglise. Il ne l'avait pas désiré, mais il était monté par la Révolution ; il avait besoin d'elle pour se soutenir; il obéissait à ceux qui, plus que ses armes, lui avaient préparé l'empire : aux juifs, aux sociétés secrètes, aux incrédules qui furent ses agents et ses pionniers. Comme Victor- Emmanuel, du jour où on le crut tout puissant, il montra qu'il était esclave de la Révolution, esclave jusqu'à travailler manifestement pour elle contre ses propres intérêts, jusqu'à désagréger de ses propres mains cet édifice de l'unité germanique à peine cimenté par tant de sang et qui avait si grand besoin de paix et d'union intérieure pour se consolider.
Il convient d'ajouter néanmoins, à sa décharge, que son erreur ne remonte pas à lui seul. Protestant ainsi que son ministre, il crut devoir s'en rapporter, sur la question du catholicisme, aux catho- Uques rationalistes de la cour de Mum"ch, au prévôt Dôlhnger, à la famille de Holenlohe, à l'entourage du roi Louis II. Cette coterie bavaroise ne le trompa nullement en politique : elle lui livra la Bavière et toute l'Allemagne du sud; mais en religion, elle l'égara, ou plutôt elle se fit illusion à elle-même.
Le docteur Schûlte, un des canonistes qui avaient pris le nom de vieux cathoHques, écrivait : <c Qu'on retire les 20,000 florins à celuici, les 12,000 thalers à celui-là, qu'on supprime les traitements des évèques et des chapitres, et l'on verra l'effet que cela produira. Le bas clergé jettera des cris de joie. Depuis le 18 juillet 1870, il n'y a ni croyance au Christ, ni convictions chez les porteurs de mitres et de tonsures. » Le docteur Dôllinger se flattait, de son côté, de pouvoir détruire