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CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

l'imité catholique pour la réédifîer sur de nouvelles bases, en dehors de Rome et en y faisant rentrer tous les hérétiques et schismatiques. Enfin le docteur Reinkens, dont la secte a fait depuis son évêque, comptait absolument sur la défection du bas clergé et sur des centaines de milliers de fidèles révoltés, disait-il, par la proclamation de l'infaillibilité pontificale.

Le prince de Bismarck, sur ces données, s'imagina qu'il pourrait substituer la secte des vieux catholiques aux catholiques sans épithète, en leur livrant les paroisses et les traitements ecclésiastiques, créer ainsi une église d'Etat, dans laquelle se fusionnerait un jour le protestantisme officiel prussien, et consommer enfin l'unité allemande jusque dans les consciences, sous la suprématie du Dieu- Etat, idole à laquelle l'Allemagne protestante moderne immole et l'autorité divine, et la liberté humaine.

Il ne tarda pas à s'apercevoir que le bas clergé avait été calomnié, que le nombre des prêtres vieux catholiques, qui d'abord avait été de trente, ne s'augmentait point, que les centaines de milliers de fidèles du faux évêque Reinkens, se réduisaient à vingt ou trente mille peut-être, disséminés et n'offrant nulle part un centre d'action suffisant (1), et que la masse des catholiques se serraient de plus en plus autour de leurs évêques, dont aucun n'avait faibli. Les élections bavaroises, où la minorité catholique se changea en majorité, puis les élections prussiennes de 1874, où le parti catholique, appelé fraction du centre, revint renforcé de vingt- cinq à quarante voix (2), achevèrent de désillusionner le puissant chancelier. Mais il était trop tard, l'orgueil ne permettait pas de revenir en arrière (3).

(1) Dix-sept mille, suivant un recensement fait en janvier 1876, et que nous avons lieu de croire exact. A Bonn, ville qu'ils espéraient conquérir au moins en grande partie, puisque M. Reinkens l'a choisie pour son siège épiscopal, ils ne sont plus que cent trente-six, sur une population de vingt-cinq mille catholiques.

Ils n'ont du reste aucune cohésion. L'élément radical a prévalu dans leur premier synode, et ils n'ont pu s'entendre ni sur la question du célibat ecclésiastique ni sur beaucoup d'autres.

(2) Selon qu'on y comprend ou non la députation d'Alsace -Lorraine, catholique dévouée, mais qui s'abstient ordinairement de siéger.

(3) Mgr Manning, un des rares prélats qui puissent parler de M. de Bismarck

M. de Bismarck colora du nom de Kulturkampf, (lutte civilisatrice), la guerre déclarée par lui à l'Eglise, mère de toute civilisation, et à la liberté de conscience. Ses diverses lois de persécution portent le nom général de Lois de Mai , parce qu'elles ont été presque toujours forgées dans le courant de ce mois , quoique en diverses années.

Ces lois commencèrent par expulser, sans jugement et en les privant de leurs droits de citoyens, les jésuites et certains autres ordres religieux qu'on prétendit affiliés aux jésuites. Elles supprimèrent ensuite tous les séminaires ecclésiastiques, sous prétexte d'obliger les aspirants au sacerdoce à se mieux pénétrer, dans les écoles laïques, de l'esprit et des besoins de la société moderne. Elles abolirent les articles 15, 16 et 18 de la Constitution prussienne, qui garantissaient l'autonomie des divers cultes, attribuèrent à l'Etat les nominations aux fonctions ecclésiastiques, et allèrent jusqu'à interdire aux évêques le droit de déclarer les apostats exclus de la communion catholique. Elles supprimèrent ensuite les subventions ou traitements que l'Etat payait jusque-là aux diocèses et au simple clergé, bien que ces subventions ne fussent pas des générosités du

sans craindre d'attirer sa colère sur leur patrie , a dit à Londres , dans un meeting du 16 juillet 1872 :

« J'avoue avoir passionnément désiré l'unification allemande, afin que les catholiques épars dans un si grand nombre de petits pays pussent s'entendre et se faire entendre; mais je n'avais pas prévu cette hallucination du prince de Bismarck sapant lui-même les fondements de son édifice à peine terminé , et

travaillant de gaieté de cœur à s'aliéner les sympathies de ses annexés

Cette hallucination s'explique néanmoins pour moi, quand je me rappelle ce que j'ai vu à Rome pendant les huit mois que j'y ai passés l'année du concile. Les préparatifs du schisme s'y faisaient à ciel ouvert; une ville allemande, Munich, en était le foyer. Bismarck, après avoir naïvement avoué qu'en sa qualité de protestant il n'entendait rien aux subtilités théologiques , chercha à Munich une règle de conduite. Le roi et ses conseillers, fauteurs de Dôllinger, l'excitèrent contre les jésuites et le Pape. Bismarck, mieux renseigné en politique qu'en théologie, crut ce qu'il voulut de l'influence des jésuites, mais il resta persuadé du fait de l'existence d'une vive irritation de l'Allemagne catholique contre le Pape, et naturellement il chercha à exploiter ce fait pour unifier religieusement l'empire déjà unifié politiquement... »

On voit combien nos appréciations sur la politique religieuse de M. de Bismarck sont d'accord avec celles du cardinal de "VVestmiusler.

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