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CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

gouvernement , mais simplement , comme en France et en Belgique, la restitution d'une partie de la dette de l'Etat envers l'Eglise. On stipula seulement, que ceux des membres du clergé qui déclareraient se soumettre, rentreraient immédiatement en jouissance de leurs traitements. On défendit en même temps toutes quêtes et souscriptions, publiques et privées, pour les besoins du culte et l'entretien du clergé, et l'on attribua à des commissions laïques électives l'administration des biens ecclésiastiques. Enfin, on supprima tous les ordres religieux, tant d'hommes que de femmes, en exceptant , mais à titre provisoire seulement , ceux qui se vouent au soin des malades.

Le clergé allemand, à la grande surprise de M. de Bismarck^ préféra la pauvreté , la prison et l'exil à l'abandon des droits inaliénables de la conscience. Les évêques de Prusse signèrent, le 26 mai 1873, une déclaration collective où ils exprimaient leurs regrets de ne pouvoir obéir. « L'Eglise, disaient-ils, ne peut pas reconnaître le principe de l'Etat païen d'après lequel les lois de l'Etat seraient la source de tout droit, et l'Eglise ne posséderait que les droits qu'accorde l'Etat ; elle ne le peut sans renier la divinité de sa propre origine, sans faire dépendre le christianisme lui-même de l'arbitraire des hommes. » Ils autorisèrent toutefois les fidèles à prendre part aux élections des nouveaux administrateurs laïques des biens des églises, car là il ne s'agissait que d'une question d'ordre temporel; aussi les résultats déjouèrent-ils partout les plans de M. de Bismarck, qui avait compté que les catholiques s'abstiendraient et laisseraient une minorité de vieux, si infime qu'elle fût, disposer des églises et des presbytères.

Alors les évêques se virent cribler d'amendes pour chacun des actes de leur charge spirituelle. Quand ils n'eurent plus de quoi payer, on vendit leur mobilier à l'encan, on les jeta dans les prisons , où ils furent confondus pêle-mêle avec les scélérats, condamnés aux mêmes travaux qu'eux , et désignés, comme eux, par des numéros. Leur constance restant inébranlable, on imagina à Berlin une sorte de tribunal ecclésiastique, qui s'arrogea le pouvoir de les déposer de leurs sièges, et qui prétendit, eJBPectivement, dé-

poser l'archevêque de Posen, l'évêque de Paderborn, le princeévêque de Breslau, et d'autres encore. Les forteresses allemandes se remplirent de prêtres, dont le seul crime était de vouloir obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes; les routes se couvrirent de prêtres destitués , puis internés , puis exilés , et de religieux ou religieuses expatriés. Les populations en pleurs leur faisaient cortège en chantant le Miserere, ou le cantique Wir sind im waren Christenthum, nous sommes dans le vrai Christianisme, jusqu'aux gares de chemin de fer, et les gendarmes prussiens , souvent au nombre de deux ou trois seulement, s'étonnaient de pouvoir emmener aussi aisément des hommes que des milliers ^ et souvent des dixaines de milliers d'autres hommes, la plupart anciens soldats, accompagnaient de leurs vœux et de leurs regrets.

Mais lorsque la prison relâchait ses vénérables victimes, après l'expiration intégrale du temps de leur peine, rien n'était capable de retenir ou de modérer les transports de joie des fidèles. Ainsi, à Munster, au retour de l'évêque, M^'' Warendorf, les habitants ne tinrent aucun compte des défenses du bourgmestre qui , par ordre du gouvernement, avait annoncé qu'il ferait réprimer par la force toute manifestation extérieure et publique. La ville entière se précipita à la porte Saint-Maurice, par où arrivait le prisonnier relâché. Le comte Droste-Erbdroste alla le recevoir dans un magnifique carrosse attelé de quatre chevaux et suivi de quatre autres carrosses conduits par des domestiques en grande livrée. Une foule immense jetait des fleurs sur le passage de l'évêque ; les acclamations le suivirent jusqu'à sa résidence, où l'attendaient les premières familles du pays; enfin le soir, toute la ville, moins les monuments publics, fut illuminée. Les habitants de Posen préparaient la même réception triomphale au cardinal Ledochowski, leur archevêque, lorsqu'il sortit, en février 1876, de la forteresse d'Ostrowo, où il avait passé deux années; mais enlevé de nuit, il fut transporté hors de son diocèse, dont l'entrée lui est désormais interdite. Il j laissait deux évêques ses suffragants, M^ Janiszewski et M^"" Gybichowski, enfermés tous deux dans la prison de Gnesen, l'un pour avoir administré, sans autorisation spéciale du gouvernement, le sacrement de confirma-

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