‹ Pie IXChapitre 225 sur 288 · CHAPITRE VINGT-QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIEME

tion, l'autre pour avoir consacré les saintes huiles, le jeudi saint 1875 ; actes évidemment séditieux et attentatoires aux droits de l'Etat,

Les âmes de tous les catholiques du monde, ou pour mieux dire, toutes les âmes libres, palpitaient avec celles du clergé et des fidèles d'Allemagne; mais la plupart ne pouvaient exprimer leurs sympathies que devant Dieu, et l'irascible et omnipotent chancelier chercha un instant un cas de guerre contre la France dans quelques allusions, bien inoffensives cependant, échappées à deux évêques français. Les évêques d'Amérique et d'Angleterre seuls purent parler tout haut. Ils envoyèrent, à travers les flots protecteurs de la liberté de leur parole, des félicitations et des encouragements à leurs frères persécutés sur le continent, en Suisse, comme en Allemagne. Voici une de ces lettres vraiment apostoliques :

« Au Révérendissime archevêque de Cologne, primat d'Allemagne, le cardinal archevêque de Westminster, et les évêques d'Angleterre.

» Paix et salut dans le Seigneur.

» Monseigneur et très-cher frère, confesseur de l'Eglise de Dieu,

» Nous vous saluons avec la plus grande afiection ainsi que les autres évêques vos frères qui sont en prison pour avoir défendu l'autorité et la liberté de l'Eglise. De tout cœur nous nous réjouissons avec vous et, par votre intermédiaire, avec les autres persécutés.

» Nous avons lu avec une grande joie et nous approuvons la lettre que vous avez adressée au gouvernement impérial pour combattre les sophismes imaginés contre la dignité du Concile et de tout l'épiscopat, et ce que nous y avons le plus admiré, c'est la noble protestation par laquelle vous revendiquez pour le sacré Collège des cardinaux, la pleine liberté de pouvoir élire le successeur de saint Pierre, attendu que l'exercice de ce droit pour les cardinaux doit être afiranchi de toute contrainte, si petite qu'elle soit.

» C'est pourquoi, très-cher frère et seigneur, considérant (jue votre

admirable lettre est d'une haute utilité pour l'Eglise et pour l'instruction comme pour l'édification des fidèles, nous, les évêques d'Angleterre, nous avons décrété qae cette lettre devait être communiquée à notre clergé afin d'en donner lecture au peuple, à la messe solennelle. De la sorte, et selon notre vif désir, il' apparaîtra à tous les fidèles et aux infidèles qui sont en Angleterre et dans les autres pays, que nous, vos frères, nous sommes avec vous de tout cœur, en parole et en fait.

» Enfin, ne sachant en quelle manière nous pourrions envoyer en sécurité notre salut fraternel aux autres évêques d'Allemagne, nous vous prions , Révérendissime Seigneur, de vouloir bien, avec votre courtoisie et votre bienveillance fraternelle , prendre des mesures pour que cette lettre soit communiquée aux autres évêques vos frères. »

Cette lettre fut reproduite par tous les journaux; M. de Bismarck dut frémir de colère en la lisant; mais M. de Bismarck, si chatouilleux quand il s'agit d'évêques belges ou français, possède heureusement des notions de géographie et de statistique navale qui le rendirent muet pour cette fois.

Pie IX ne pouvait se figurer que tout cela eût lieu du consentement de l'empereur Guillaume. Il se décida à lui écrire personnellement :

a Du Vatican, le 7 août 4873.

» Sire, toutes les mesures que le gouvernement de Votre Majesté a prises depuis quelque temps, ont de plus en plus pour but de détruire le catholicisme. Quand je me demande à moi-même quelles peuvent en être les causes, je reconnais que je ne suis pas en état d'en retrouver une seule. D'un autre côté, on me dit que Votre Majesté n'approuve pas la conduite de son gouvernement et blâme la rigueur des mesures prises contre la religion catholique. Mais s'il est vrai que Votre Majesté ne les approuve pas (et les lettres que Votre Majesté m'a adressées autrefois me semblent prouver suffisamment que vous ne pouvez pas approuver ce qui se passe actuellement), si, dis-je. Votre Majesté n'approuve pas que son gouver-

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