‹ Pie IXChapitre 226 sur 288 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

nement continue à étendre de plus en plus les mesures de rigueur prises par lui contre la religion de Jésus-Christ et à nuire par là si gi-avement à cette religion, Votre Majesté n'arrivera-t-elle pas alors à se convaincre que ces mesures n'ont d'autre efTet que de miner son propre trône? Je parle avec franchise, car ma bannière est la vérité. Je parle pour remplir un de mes devoirs , qui consiste à dire la vérité à tous, et même à ceux qui ne sont pas catholiques ; car tous ceux qui ont reçu le baptême appartiennent au Pape, à quelque point de vue que l'on se place, ou de quelque façon que ce soit, sans que j'aie à m'expliquer ici à cet égard. Je suis persuadé que Votre Majesté accueillera mes observations avec sa bonté accoutumée, et prendra les mesures nécessaires dans la circonstance présente. En faisant agréer à Votre Majesté l'expression de mon dévouement et de mon respect, je prie Dieu d'embrasser Votre Majesté et moi dans une même compassion.

Pie IX eut toujours la délicatesse de ne point communiquer au public les lettres qu'il adressait aux divers princes, et les réponses qu'il pouvait en recevoir. Le document ci-dessus a été révélé par le Journal officiel de Berlin.

Dans sa réponse , datée du 5 septembre , Guillaume I" fut à peine poli. Il récrimina contre une partie de ses sujets catholiques qui, disait-il , « avaient organisé un parti politique cherchant à troubler la paix religieuse. » Il ajouta que l'assertion du Saint-Père, par laquelle « quiconque a reçu le baptême appartient à la juridiction spirituelle du Pape, ne peut être admise par la loi évangélique que l'empereur Guillaume professe; elle n'admet dans les rapports avec Dieu d'autre intermédiaire que Jésus- Christ. » Bref, cette réponse parut dictée en partie par M. de Bismarck, en partie par un ministre protestant , et l'appel de Pie IX demeura sans effet.

Il semble même que Guillaume I" tint à accentuer la dureté de son refus par la publication qu'il fit, peu de temps après, d'une lettre de félicitation adressée par lui au nouvel évêque des Vieux catholiques, auquel il exprimait hautement sa bienveillance et sa

satisfaction, attendu qu'il l'avait toujours trouvé « plein de déférence envers l'Etat, et de soumission à ses droits. »

Dans une autre lettre qu'il rendit également publique, Guillaume I" ne craignit pas d'invoquer le souvenir des anciens empereurs d'Allemagne, ennemis irréconciliables de la suprématie religieuse des papes. Il annonça qu'il reprenait l'œuvre des Frédéric Barberousse et des Henri IV. « Et nous n'irons jamais à Ganossa ! » ajouta M. de Bismarck en guise de commentaire, en complétant l'allusion en plein Parlement. G'était jeter un défi à la Providence et oublier qu'on peut aller aussi à Sainte-Hélène.

Pie IX jugea qu'il était de son devoir d'élever la voix à son tour. Il le fît dans une Encyclique adressée à l'épiscopat de Prusse. Ge document doit être cité en entier :

» A Nos vénérables frères les archevêques et évêques en Prusse. PIE IX, PAPE.

» Vénérables frères , salut et bénédiction apostolique ,

') Ge que nous n'aurions jamais cru possible, en Nous souvenant des stipulations conclues entre ce Siège apostolique et le gouvernement prussien dans la vingt-et-unième année de ce siècle, pour le bien et le salut de la cause catholique, s'est actuellement réalisé de la manière la plus lamentable dans vos contrées. Au repos et à la paix dont jouissait l'Eglise de Dieu chez vous a succédé une tempête grave et inattendue. Aux lois récemment édictées contre les droits de l'Eglise, lois qui ont déjà frappé tant de fidèles et consciencieux serviteurs, non-seulement parmi le clergé, mais aussi parmi le peuple, ont été ajoutées d'autres lois qui renversent complètement la divine constitution de l'Eglise et anéantissent les droits sacrés des évêques.

» Gar ces lois attribuent à des juges laïques le pouvoir de dépouiller les évêques et autres chefs ecclésiastiques de leur dignité et de leur juridiction épiscopales.

I) Ges mêmes lois ont suscité de nombreux et de grands obstacles à ceux qui sont appelés à exercer la juridiction légitime pendant

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