CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
l'absence des pasteurs, chefs des ouailles. Ces lois permettent aux chapitres des églises métropolitaines d'élire, contrairement aux canons, des vicaires capitulaires alors que le siège épiscopal n'est pas encore vacant. Sans parler des autres points, ces lois n'autorisent- elles pas les préfets eux-mêmes à nommer à la place des évêques des hommes qui ne sont pas catholiques, en leur conférant la gestion des biens ecclésiastiques destinés à l'entretien du clergé et des églises? Vous connaissez malheureusement trop, vénérables frères, le préjudice, les vexations et les mauvais traitements qu'ont occasionnés ces lois et leur exécution. Nous Nous taisons sur ce sujet; pour ne pas augmenter la douleur générale en rappelant ces tristes événements.
» Mais Nous ne pouvons pas Nous taire sur les malheurs dont sont affligés les diocèses de Posen-Gnesen et de Paderborn. Après avoir été jetés en prison et mis en jugement, nos vénérables frères Miecislas, archevêque de Posen et Gnesen, et Conrad, évêque de Paderborn, ont encore été, avec la plus grande injustice, déclarés déchus de leur siège épiscopal et privés de leur juridiction; aussi leurs diocèses sont-ils restés privés de la direction bénie de leurs excellents pasteurs, et sont-ils plongés dans un abîme de misère et de calamités. Il est vrai que. Nous rappelant les paroles du Seigneur, Nous devons plutôt louer que plaindre ces vénérables frères que Nous venons de nommer : « Bienheureux serez-vous quand les hommes vous haïront, qu'ils vous rejetteront , vous diront des injures et repousseront votre nom comme mauvais à cause du Fils de l'homme. » (Saint Luc, vi, 22.)
» Ces vénérables frères n'ont pas eu peur du danger imminent ni des peines dont ces lois les menaçaient, non-seulement ils ont défendu les droits de l'Eglise et fait respecter ses prescriptions , mais ils ont aussi tenu à honneur, comme les autres pasteurs de votre pays, d'accepter un jugement inique et de se laisser frapper de peines réservées seulement aux coupables. Ils ont donné par là le plus brillant exemple de vertu et sont un sujet d'édification pour l'Eglise tout entière.
» Quoique nous leur devions plutôt d'éclatantes louanges que des
larmes de compassion, cependant l'abaissement de la dignité épiscopale, l'atteinte portée à la liberté et aux droits de l'Eglise, les persécutions dont sont victimes en Prusse les évêques dénommés et tous leurs frères, exigent que Nous, en vertu de Notre pouvoir apostolique donné par Dieu, Nous élevions une voix accusatrice contre ces lois et contre les mauvaises actions qu'elles feront commettre, et que Nous défendions contre la force impie, avec toute l'énergie et l'autorité divines, la liberté de l'Eglise foulée aux pieds.
» Pour remplir les devoirs de ce Siège apostolique, Nous déclarons publiquement par la présente encyclique, à tous ceux auxquels il appartient, ainsi qu'au monde catholique tout entier, que ces lois sont nulles , parce qu'elles sont entièrement contraires à la divine constitution de l'Eglise. Car ce n'est pas aux puissants de la terre que le Seigneur a soumis les évêques de son Eglise, en ce qui concerne son service sacré, mais à Pierre, à qui il a confié ses agneaux et ses brebis. (Saint Jean, xxi, 16, 17.) C'est pour cette raison qu'aucun pouvoir temporel, aussi haut qu'il soit, n'a le droit de dépouiller de leur dignité épiscopale ceux qui ont été nommés par le Saint-Esprit pour administrer l'Eglise. (Apôtres, xx , 28.)
» A cette triste situation, il faut encore ajouter le fait suivant, indigné d'une noble nation , et qui sera , nous pouvons le croire , jugé sévèrement même par les hommes qui ne sont pas cathoUques, mais seulement impartiaux :
» Ces lois sont excessivement sévères et menacent des peines les plus graves ceux qui n'obéissent pas ; elles ont pour appui la force armée, et mettent de pénibles et inoffensifs citoyens dans la malheureuse et pitoyable situation d'hommes opprimés par la force contre laquelle ils ne peuvent pas lutter, uniquement parce que leur conscience leur ordonne de s'opposer à ces lois. On dirait qu'elles sont faites , non pour des citoyens libres dont on a le droit d'exiger une obéissance raisonnable, mais pour des esclaves que l'on fait obéir par la terreur.
» D'après ce que Nous venons de dire, ne croyez pas qu'il faille excuser ceux qui , par crainte, obéissent aux hommes plutôt qu'à