CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Dieu; mais seront surtout coupables les hommes sacrilèges qui osent prendre possession des églises et exercer le ministère, en s'appuyant uniquement sur la protection du bras séculier; ceux-là n'échapperont pas à la justice de Dieu. Au contraire, Nous déclarons que tous ces hommes sacrilèges et tous ceux qui, à l'avenir, commettront un crime semblable en usurpant une mission ecclésiastique, seront, en vertu des sacrés canons, frappés, de fait et de droit, de l'excommunication majeure. Nous exhortons les pieux fidèles à ne pas assister au saint sacrifice célébré par ces hommes , à ne pas se faire administrer les sacrements par eux , mais à éviter leur fréquentation et leur conversation , afin que le mauvais levain ne gâte pas la bonne pâte.
» Au milieu de ces tribulations, votre intrépidité et votre persévérance ont procuré une grande consolation à Notre douleur. Le reste du clergé et les fidèles vous ont imités, vénérables frères, dans la pénible lutte qui est engagée. Leur fermeté dans la sauvegarde des droits et des devoirs catholiques est si grande, la conduite de chacun est si louable, qu'ils ont attiré sur eux les yeux de tous les hommes, même de ceux qui sont les plus éloignés, et ont excité leur admiration. En pouvait-il être autrement? Aussi grand est le malheur des soldats qui ont perdu leur chef, aussi grande est la gloire de l'évêque qui sert à ses frères d'exemple dans sa foi.
» Que ne pouvons-nous vous accorder quelques adoucissements dans vos tribulations ! Mais en renouvelant et affirmant de nouveau Notre protestation contre tout ce qui est contraire à la constitution de la divine Eglise et de ses droits, et contre la force dont on a si injustement usé à votre égard. Nous vous assurons que Nos conseils et Nos enseignements, adaptés aux circonstances, ne vous feront pas défaut.
» Que ceux-là qui sont vos ennemis sachent que vous ne faites aucun tort à l'autorité royale, et que vous ne lui portez aucun préjudice, en refusant de donner à César ce qui est à Dieu, car il est écrit : // faut obéir à Dieu plutôt quaux hommes,
» Qu'ils sachent en même temps que chacun de vous est disposé à payer son tribut à César et à lui obéir en tout ce qui est du pouvoir
civil, non pas par la force, mais selon votre conscience. Ayez donc bon courage, et continuez, comme par le passé, à remplir les deux devoirs et à obéir aux lois divines, car votre mérite sera grand, puisque vous aurez la patience et que vous ne vous lasserez pas de souffrir pour le nom de Jésus-Christ.
» Regardez Celui qui vous a précédés dans des tribulations bien plus grandes et qui s'est soumis a à la peine d'une mort pleine d'outrages, afin que ceux qui croient en Lui apprennent à fuir les faveurs de ce monde, à ne pas reculer devant les terreurs, à aimer les tribulations par amour de la vérité, à craindre et à fuir les douceurs de la terre. »
» C'est Celui qui vous a rangés dans la ligne de bataille, qui vous accordera aussi la force nécessaire pour le combat. C'est en Lui que repose notre espoir : soumettons -nous à sa volonté et implorons sa miséricorde. Vous voyez que ce qu'il a prédit est déjà arrivé : Ayez donc confiance. Il vous accordera tout ce qu'il a promis. Dans le monde, vous aurez des tribulations, mais il a vaincu le monde !
» En ayant foi dans cette victoire, Nous implorons humblement le Saint-Esprit de vous accorder paix et grâce. Comme preuve de Notre amour particulier, Nous vous accorderons de tout Notre cœur, ainsi qu'au clergé entier et à tous les fidèles confiés à votre garde. Notre bénédiction apostolique.
» Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 5 février de l'année 4875, et de Notre pontificat la vingt-neuvième.
» Plus, PP. IX. »
Pie IX, trois mois après, pour relever encore le courage des catholiques allemands, offrit la dignité de cardinal àM^'' Ledochowski, alors dans les prisons de l'empire prétendu évangélique, et le noble captif eut le courage d'accepter. Sa nomination, en effet, reportait naturellement la pensée sur celle de Jean Fisher, évêque de Rochester, lorsqu'il était prisonnier dans la tour de Londres , pour n'avoir pas voulu sanctionner le divorce de Henri VIII et reconnaître la suprématie royale dans les questions religieuses. Henri VIII furieux s'écria : « Le Pape lui envoie un chapeau, mais moi j'aurai soin qu'il