CHAPITRE QUATRIÈME
dit-il; pour te récompenser de ta véracité et de ta piété filiale, je t'annonce que je me charge de ton éducation et de ton avenir. — Hélas ! répondit l'enfant, cela est impossible, ma mère n'a que moi; je ne puis la quitter. — Hé bien ! répliqua Pie IX, je me charge de ta mère aussi bien que de toi. »
En traversant les quartiers du Ghetto, Pie IX aperçut un malheureux vieillard, étendu , presque sans vie, sur le pavé de la rue. Il descend de son carrosse, et s'approche. « C'est un Juif , disait le peuple ; et personne ne lui portait secours. — Que dites -vous ? s'écria le Pape en s'adressant aux assistants. N'est-ce pas un de nos semblables qui souffre ? Il faut le secourir. » Et le relevant lui-même, aidé des prélats qui l'accompagnaient, il le fit porter dans sa voiture, le reconduisit à sa demeure, et ne le quitta qu'après l'avoir vu revenir à lui.
Une jeune Romaine, pour donner du pain à sa mère, avait vendu la croix d'or qu'elle portait à son cou. En le lui apportant, elle éprouva le besoin de la tranquilliser sur l'avenir, pour que la pauvre femme pût jouir un peu du présent : « Voilà, lui dit-elle, de l'oavrage pour quelques jours, et l'on dit que l'ouvrage va redevenir abondant : le Saint-Père a donné des ordres pour cela. Vous n'aurez plus faim. Consolez-vous , le bon Dieu ne nous abandonnera pas, et le Saint-Père veille sur nous. » Le Saint-Père veillait en efl'et. Quelques heures après, il avait tout appris. Comment? Je l'ignore... il avait une police de la charité. Mais le soir même la pauvre fille ouvrait en tremblant une lettre venue da Quirinal; elle en voyait tomber, avec cinq pièces d'or, sa petite croix dont elle s'était séparée avec tant de peines. La lettre ne contenait que ces mots : a Ma chère enfant, vous avez eu raison d'espérer en Dieu; il n'abandonne jamais la piété filiale. Vous avez aussi raison d'espérer en son vicaire ; il veillera sur vous et votre mère, et vous ne mourrez pas de faim. »
Pie IX exprimait, dans le Consistoire secret du 11 juin 1847, « son aS'ection et son dévouement pour les évêques de l'illustre nation française, dans la personne de deux de leurs collègues, » M^' Giraud, archevêque de Cambrai , et M^"" Du Pont , archevêque de Bourges , qu'il élevait au cardinalat. « Nous n'avons pas, disait-il, de désir plus
ardent que d'attacher par des liens chaque jour plus forts les évêques de France à nous et à notre Siège apostolique, afin qu'ils persévèrent à défendre, ainsi qu'ils le font, avec intrépidité, sagesse et patience, la doctrine, les droits et la liberté de l'Eglise catholique. » Paroles consolantes et qu'on aime à relire après tant d'années ; car de ce côté-là, du moins, l'avenir ne réservait à Pie IX aucune déception. Ce témoignage de sa pleine confiance ne l'empêchait point de protester, dans le Consistoire suivant (17 décembre), contre l'erreur d'un évêque français qui prétendait l'avoir trouvé favorable aux idées gallicanes : « Loin de nous, s'écriait-il, la pensée de mépriser les traditions particulières des diverses églises ; mais ce ne peuvent être des traditions réelles et authentiques, celles qui s'écarteraient du sentiment général de l'Eglise universelle. Par-dessus tout , nous révérons et défendrons toujours les doctrines qui sont d'accord avec cette sainte Eglise romaine, dont saint Irénée disait : C'est à elle, à cause de sa primauté, que doivent se rattacher les fidèles qui sont partout ; c'est en elle que s'est conservée, par ceux qui sont partout , la tradition qui vient des apôtres. »
Vers le même temps, il rendit public un bref qu'il venait d'adresser au P. Perrone, de la Compagnie de Jésus. Par ce bref, il félicitait le savant théologien au sujet d'une Dissertation théologique sur l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, écrite en latin, et dédiée à Pie IX.
Ce Pape, que l'on croyait tout occupé de politique, et, selon quelques sceptiques , du soin de sa popularité, préparait ainsi dès lors, dans le secret de son cœur, les deux grands actes théologiques qui immortaliseront son pontificat : la définition du dogme de l'Immaculée Conception , et celle de l'infaillibilité doctrinale des Pontifes romains.
Le secrétaire d'Etat, cardinal Gizzi, partageait avec son souverain la gloire qui, de toutes parts, s'attachait au nouveau gouvernement. Mais sa santé, profondément ébranlée par l'excès du travail , cessa bientôt de suffire aux nécessités de la situation. Il dut se retirer, et le cardinal Ferretti , neveu de Pie IX , fut appelé à Rome pour le remplacer.