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CHAPITRE VIKGT-QUATRIÊME

D'autre part, la dotation constituée à la Propagande par la générosité des siècles n'était point destinée à l'usage des Romains, ni de l'Italie, ni d'aucun pays catholique; elle avait pour objet l'entretien des missions lointaines : le nom même de l'institution en fait foi, et personne ne le contesta. Mais le cardinal Franchi eut beau déférer la question aux tribunaux ; les considérants de l'arrêt furent pour lui et la décision contre. Les biens de la grande institution universelle, ainsi que ceux des chapitres, furent vendus aux enchères publiques, et la confiscation , non immédiate mais à terme, fut accomplie.

Le gouvernement de Victor-Emmanuel montra encore, d'une autre manière, ce que valait sa fameuse loi des garanties, et combien il est aisé de grossir les promesses quand on n'a pas l'intention de les tenir.

Par les articles 15 et 16 de cette loi, il a renoncé aux droits royaux des anciens souverains pour les nominations et propositions aux fonctions ecclésiastiques ; il a dispensé les évêques de prêter serment au roi et aboli formellement Yexequatur pour la publication et l'exécution des actes de l'autorité ecclésiastique. Des prescriptions aussi claires et d'apparence aussi solennelle semblaient inviolables. Néanmoins, sur cent cinquante-six évêques italiens que Pie IX a nommés depuis le début des invasions piémontaises jusqu'au mois d'août 1875, cent trente-sept ne furent pas reconnus par l'autoritc civile, faute à'exequatur sollicité et obtenu par eux. Le ministère ne s'en tint pas là. A partir de cette date, il résolut de ne plus accorder à'exequatur et d'expulser de leur résidence épiscopale tous ceux qui en seraient dépourvus. Ainsi, non-seulement il leur retient leurs traitements et confisque les revenus que la piété des fidèles avait constitués pour leur entretien, sous le titre de « mense épiscopale, » mais ses gendarmes et les agents de sa police ne sont occupés, depuis plusieurs mois, qu'à aller prendre les évêques chez eux et à les jeter dans la rue. Un trait de génie fiscal, plus admirable encore, et qui ne pouvait venir qu'à des Italiens, c'est la prétention de soumettre à l'impôt de la richesse mobilière les aumônes que ces évêques spoliés peuvent recevoir du souverain Pontife, aussi spolié

qu'eux, c'est-à-dire des catholiques étrangers, et de battre ainsi monnaie avec l'argent de ceux qui, voyant le fisc ne pas remplir ses obligations, tâchent de le^ remplir à sa place (1).

Vers le même temps commença à être appliquée la loi qui incorpore dans l'armée active tous les jeunes séminaristes, quand même ils seraient déjà engagés dans les ordres. Désormais l'Eglise- italienne ne peut plus recruter son clergé que parmi les invalides, réformés pour défaut de constitution, ou parmi ceux qui, miraculeusement, auront conservé leur vocation après quatre ans de vie de caserne. '

Telle est la liberté qu'on laisse à l'Eglise, à tous les degrés de la hiérarchie, dans un pays où la constitution, ou statut fondamental, déclare que « la religion catholique est la religion de l'Etat. »

Mais la vérité persécutée se venge en laissant à elles-mêmes les sociétés persécutrices. Dans ces sociétés, la vertu, le respect de l'autorité et des lois ne tardent pas à diminuer, ainsi que la sécurité publique, et souvent l'Etat reconnaît, mais trop tard, qu'en voulant atteindre l'Eglise, c'est lui-même qu'il a frappé.

Depuis l'inauguration de la fameuse lutte civilisatrice , le socialisme grandit en Allemagne au point d'effrayer M. de Bismarck. Quant à l'Italie révolutionnaire, en même temps qu'elle fermait ses couvents et ses collèges catholiques , elle s'est vue obligée de multiplier nonseulement ses casernes, mais ses prisons. Ces dernières bientôt n'ont suffi sur aucun point de son territoire. La progression des crimes et délits a été si rapide que, d'après les statistiques officielles, dans la

(i) Voici une lettre du percepteur des impôts de la province de Forli à l'évêque de Sarsina :

« Césène, 22 juillet 1875.

» A la fin du mois courant expire le délai fixé pour la déclaration des reve-

» nus de richesse mobilière ; après ce terme la loi soumet les retardataires à

» une surtaxe de moitié. Je crois ^ en conséquence, devoir transmettre à Voire

» Excellence le bulletin ci inclus pour qu'elle y puisse consigner , s'il y a lieu ,

» les titres de ses revenus , parmi lesquels elle devra comprendre le montant

» de ce qui pourrait lui être alloué par le Saint-Siège.

» Agréez , etc.

» L'agent : P. Vesti.

» A Ms' Tobie Masacci, évêque de Sarsina (Romagnes). «

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