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CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

Suisses, après les bénédictions et les adieux, reprennent la route de la terre natale, il semble qu'ils reprennent des chaînes et que la liberté est partout, excepté dans leur Jura.

» Mais de telles protestations importunent le préfet bernois. Aussi, de son omnipotence bien connue, vient-il de défendre ces courses aux frontières de France, et de charger ses gendarmes de verbaliser contre les pèlerins et de les incarcérer. Il sera permis, en vertu delà liberté qui couvre, en Suisse, toute manifestation publique, de faire des cortèges de francs-maçons, de libres-penseurs, de chanteurs avec ou sans instruments, de touristes, de collégiens, le tout avec accompagnement de musique et de drapeaux de toutes formes et de toutes couleurs. Mais la prison pour ceux qui iront aux églises de France !

» Les cathohques savent se dédommager cependant. C'est dans une grange, bien trop étroite pour la foule qui s'y presse, que les fidèles célèbrent les offices chaque dimanche. Le prêtre manque au sacrifice, mais le peuple chante tout d'une voix les cantiques de la sainte liturgie. Un pieux laïque ht l'Epître, l'Evangile, les réflexions d'un bon livre ou bien les instructions écrites que le curé proscrit envoie chaque semaine à son troupeau fidèle ; l'assistance est émue, tous versent des larmes. Après midi, les vêpres, le chapelet, remplissent l'heure de la prière.

» Pendant ce temps, les intrus appellent en vain à leurs églises spoliées, polluées, solitaires. Plusieurs d'entre eux ne trouvent pas même un enfant pour leur servir leurs messes. Le peuple catholique du Jura couvre d'un mépris immense comme sa foi, les prêtres apostats qui ont chassé les vrais ministres de Dieu; il demeure dans ses granges et prie sous ses hangars. Tous restent fidèles à Dieu, à la sainte Eglise et à leur curé.

» La foi qui sommeillait dans quelques âmes s'est réveillée pleine de vie, et le Jura bernois est plus catholique que jamais. »

Enfin, le conseil central de la confédération fut honteux de la renommée que le canton de Berne faisait à la patrie commune, jadis si libre et si hospitalière. Probablement aussi il s'émut de voir nombre de visiteurs étrangers protester à leur manière en portant ailleurs leurs pas et leur argent. Le gouvernement bernois fut invile

à ouvrir contre les curés catholiques une procédure légale et régulière, ou à les rappeler. La procédure était impossible, faute d'éléments. Les exilés rentrèrent à la fin de 1875.

Ils ne retrouvèrent ni leurs presbytères , ni leurs églises , ni la liberté ; mais ils retrouvèrent ce à quoi ils tenaient le plus : les cœurs de leurs ouailles. Ils continuent à remplir leur ministère à la faveur des ténèbres et des précautions les plus minutieuses , et à défier les tracasseries policières , les amendes et la prison , comme naguère l'exil (1).

Le sort des confesseurs de la foi , en Occident , est encore digne d'envie, comparé à celui de leurs émules de courage et de soufirances à l'Orient de l'Europe.

Lorsque Pie IX, promène ses regards sur le monde, comme la sentinelle chargée de veiller sur tout le camp d'Israël, il voit l'épreuve et la désolation à l'état aigu sur beaucoup de points , mais nulle part à l'état chronique et invétéré comme en Russie. Là, on peut dire que la persécution, depuis plus d'un siècle, n'a pas discontinué; c'est un feu qui couve sous la cendre, mais qui jette fréquemment de sinistres lueurs, et pas plus sous Alexandre II que sous Nicolas et Catherine II, l'unité catholique n'a jamais cessé d'y avoir ses martyrs, hélas ! et ses défections plus nombreuses encore.

(1) Le document qui suit est toute une révélation. Il est adressé par un inspecteur des écoles à une régente catholique :

« Mademoiselle,

» Comme fonctionnaire de l'Etat de Berne , vous avez à contribuer de toutes vos forces à ce que ses intentions se réalisent pour la fréquentation du culte. Si votre conscience ne vous permet pas d'aller à l'église reconnue et approuvée par le gouvernement, je vous laisse la liberté de ne fréquenter aucun culte; mais je vous défends d'aller à la grange du curé révoqué, parce que je ne veux pas que vous donniez le mauvais exemple à vos enfants.

« Je vous donne ce conseil pour ne pas être forcé de vous retirer, à son temps, la subvention. Sondez la cause.

» Avec considération.

» L'inspecteur, W^CKi. •>■>

Je vous défends d'aller à la grange... Cette parole doit passer à la postérité et stigmatiser à jamais la conduite du gouvernement bernois dans le Jura. On vole les églises aux catholiques, on relègue leur culle dans u/ie grange, et, conclusion finale, on leur défend d'aller à la grange.

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