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CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

Ce qui aggrave la situation des catholiques soumis au sceptre de fer des czars, c'est qu'ils appartiennent historiquement, pour la plupart, à l'ancien royaume de Pologne. Le fanatisme religieux s'augmente donc à leur égard d'une haine violente contre une nationalité qui ne veut pas mourir, et dont lès débris restent vivaces précisément à cause de sa fidélité à la foi de ses pères. De plus, l'absence de lumière et de liberté où se meut la politique intérieure de la Russie fait qu'on peut tout s'y permettre sans éveiller la pitié ou l'indignation des contemporains, et bien des faits monstrueux échappent à l'histoire, ou lui arrivent tellement mutilés ou effacés par la distance, tellement privés d'échos de la part de la presse prétendue hbérale, qu'on hésite à les accueillir comme absolument certains.

Toutefois, en ce qui concerne le silence de la presse libérale, ce motif de doute n'en est pas un pour notre critique. Le despotisme le plus éhonté, quand il s'exerce contre l'Eglise, n'a pas de plus solide allié que le libéralisme. Le Jura bernois est à nos portes; s'il était derrière la Vistule, connaîtrions-nous , par la presse libérale, une seule des atrocités qui s'y commettent? La presse libérale a tout couvert de son approbation ou de son silence.

M^"" Felinski , archevêque de Varsovie, et les autres évoques déportés en 1863, gémissent encore, après douze ans, dans la prison ou l'exil. Les évèques et curés morts n'ont pas été remplacés ; les séminaires demeurent fermés, les églises confisquées violemment par le schisme restent acquises au schisme; le prétendu synode catholique, institué à Saint-Pétersbourg pour régler les affaires religieuses sans être obligé de recourir à Rome, est toujours, aux yeux de l'Etat, l'autorité suprême et sans appel. On annonce, il est vrai, comme prochaine, la reprise de négociations conciliantes du gouvernement d'Alexandre II avec le Vatican ; mais rien n'est encore certain. Voilà pour la Pologne proprement dite et les catholiques russes du rite latin.

Mais c'est contre le rite catholique oriental , ou grec-uni , qu'ont porté les plus récents et les plus terribles efforts de la persécution. Depuis la grande apostasie arrachée par Nicolas I", les Grecs-

Unis n'existent plus guère que dans les provinces de Lublin, de Siedlce et de Suwalki , limitrophes de la Lithuanie. Ils y étaient encore, tout récemment , au nombre de quelques centaines de mille, et formaient le petit diocèse de Chelm, dernière épave d'une église qui, au moment du partage de la Pologne, comptait plus de sept millions de fidèles.

Alexandre II , qui a eu l'honneur d'afiranchir les serfs dans son empire, et qu'on représente comme un homme fort doux , semblait devoir inchner plutôt vers la tolérance d'Alexandre I" que vers la politique de fer de Nicolas. Mais il se laissa persuader par l'impératrice sa femme, par la favorite de cette dernière, la fanatique M^''' Bludow, par son ministre de l'instruction publique, M. Tolstoy, et par M. Gromeka, gouverneur de Siedlce, tous acharnés à lui représenter que c'est une anomalie de voir encore, dans ses Etats, une population ruthène en communion avec Rome. Tolstoy et Gromeka reçurent donc l'autorisation de détruire le rite grec- uni, sous prétexte de l'épurer ; et quand , par hasard , le cri des Ruthènes opprimés parvient jusqu'à l'oreille impériale , Alexandre II répond lestement, comme à M. Souwarow qui lui représentait les malheurs de la Pologne : « Faites comme moi, n'y pensez pas ! »

Dès l'année 1865, on abolit les chants du Rosaire et la prédication en langue polonaise ; on fit enlever les orgues, on défendit l'usage des sonnettes et de l'ostensoir, comme étant d'importation latine. L'évêque de Chelm , M^"" Kalinski , voulut s'opposer à ces changements ; on l'exila en Sibérie, où il mourut dans les bras de l'évêque de Vilna, déporté comme lui. On nomma comme administrateur, à sa place, un prêtre du nom de Popiel , âme damnée du gouvernement et tout disposé à jouer le rôle de Siemazko en Lithuanie, sous Nicolas.

Avertis par l'exemple de leurs anciens coréUgionnaires de l'Ukraine, de la Wolhynie et de la Lithuanie que l'on avait amenés peu à peu à l'apostasie, toujours sous le prétexte insidieux d'épuration de l'Eglise orientale, les paysans ne voulurent entendre à aucun changement. Dans les paroisses où les ordres du gouvernement furent exécutés, les églises restèrent vides; personne ne

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