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CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

voulait des sacrements distribués par les prêtres ralliés au novateur Popiel, et même, dans beaucoup d'endroits, les paysans refusèrent l'entrée de leurs églises à ces prêtres, dont ils se défiaient, instituant une garde qui veillait jour et nuit aux portes. Le gouvernement s'empressa d'envoyer des troupes pour disperser les récalcitrants à coups de crosse et de fouet; les portes des églises furent forcées, les orgues enlevées, et les réformes opérées. A cette occasion, on tua même, à Koden, trois hommes qui se distinguèrent par leur résistance. Les Russes s'acharnaient surtout contre la dévotion du Saint - Rosaire , qui est particuUèrement chère au peuple ruthène. Dans plusieurs localités, les commissaires du gouvernement, Kotow et Turr, réunissaient toute la population, demandant à chacun en particuher s'il continuerait oui ou non la pratique des chants du Rosaire. Toute réponse négative était punie sur-le-champ d'amende variant entre 3 et 25 roubles. On enlevait les vêtements ou le bétail à ceux qui ne pouvaient payer comptant.

Les juifs eux-mêmes se refusaient à acheter des objets si injustement extorqués. Beaucoup de paysans furent à ce propos emprisonnés et torturés par la faim; deux d'entre eux expirèrent en prison. Les femmes montrèrent encore plus d'attachement que les hommes à leur chère dévotion du Rosaire. Dans le village de Ges, on en enferma plus d'un cent dans une seule chambre d'une misérable cabane qui pouvait à peine les contenir; elles y restèrent debout, serrées les unes contre les autres pendant huit jours entiers; elles y seraient mortes de faim, sans la charité des paysans qui leur passaient un peu de pain par les fenêtres. Pour les tourmenter davantage, on avait semé le sol de débris de briques qui leur blessaient les pieds, et on avait versé de l'eau pour bien détremper la terre.

Tandis que les fidèles souffraient de tels tourments, on s'occupait vivement d'éloigner ou d'emprisonner tous les bons prêtres qui se refusaient aux réformes schismatiques. On chercha à les intimider en leur infligeant mille tortures morales. Tantôt on les éveillait en sursaut pendant la nuit pour faire des enquêtes et leur faire subir l'interrogatoire; tantôt on leur assurait que tel ou tel d'entre leurs

collègues avaient abjuré; on finit par déporter en masse en Sibérie les plus récalcitrants, et on les remplaça par des prêtres également uniates, mais prêts à tout, qu'on fît venir de la Pologne autrichienne.

Les paysans, en attendant, ne cessaient de répéter : a Donneznous un évêque choisi par Rome, nous lui obéirons; mais nous ne pouvons reconnaître l'administrateur Popiel. »

Le gouvernement jeta alors les yeux sur un certain Kuzienski, prêtre adroit mais sans caractère, dont il était secrètement sûr, mais qui ne s'était compromis par aucun acte contraire à son devoir et aux vœux des populations. Pie IX, trompé par les apparences et impatient de faire cesser le veuvage de l'église de Ghelm , agréa la proposition qui lui fut faite d'élever Kuzienski à l'épiscopat. Cette nomination fut saluée avec une joie immense, tant du clergé que du peuple. On crut l'orage passé. Mais on ne tarda pas à reconnaître que le nouvel évêque arrivait avec des intentions perfides, car il s'empressa de confirmer les innov-ations de Popiel.

Le peuple se soumit, bien qu'à contre-cœur. Kuzienski, après tout, était un évêque légitime, confirmé par le Pape. Mais ce n'était pas sans défiance qu'on le voyait introduire la langue russe dans le culte, tracasser ou interdire les curés trop populaires, donner toutes les cares vacantes à des prêtres venus de Galicie, permettre enfin aux soldats grecs-unis de se confesser à des prêtres schismatiques.

Tout d'un coup on apprit que Kuzienski, abandonnant son poste^, se retirait à Lemberg , que Popiel redevenait administrateur diocésain, et que, par son ordre, à partir du 1" janvier 1874, on cesserait définitivement de nommer le Saint-Père à la messe, et l'on supprimerait, dans les églises grecques -unies, tous les usages en désaccord avec ceux de l'Eglise russe, officiellement dénommée église orthodoxe.

Les paysans du gouvernement de Lublin murmurèrent, mais se soumirent. Il n'en- fut pas de même en Podlachie. Le peuple cessa de fréquenter les églises. Il baptisait lui-même ses enfants et enterrait ses morts.

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