CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
de douze ans, il s'est trouvé des prêtres catholiques, administrateurs de rarchidiocèse, assez inintelligents ou insoucieux de leurs devoirs pour notifier ce rescrit, et d'autres semblables, à leur clergé. De tous les faits que nous venons de signaler, celui-ci est le plus triste et le plus effrayant pour l'avenir.
Le comte Alexandrowicz, de Gonstantinovo, avait été averti plusieurs fois par les autorités russes, qu'il n'avait pas le droit de fréquenter les églises latines, attendu que lors de sa naissance et faute de prêtre catholique, il avait été baptisé par un pope orthodoxe. Pour s'affranchir des importunités de ces singuliers apôtres, le comte fit le voyage de Saint-Pétersbourg, et s'adressa à Alexandre II lui-même. Il en reçut une réponse vraiment digne d'un czar : « Puisque la religion orthodoxe me convient, pourquoi ne vous conviendrait-elle pas ? » Après cela il ne restait plus au comte qu'un parti à prendre : vendre ses biens et s'en aller à l'étranger. C'est ce qu'il fit. Mais les malheureux paysans ne peuvent pas s'expatrier.
Il y a des Russes honnêtes à qui ces procédés de leur gouvernement font horreur. Ainsi , l'archevêque schismatique de Varsovie , Joanicius, lorsqu'il se rendit à Biala pour procéder à l'entrée de la population de cette ville dans le schisme, eut occasion de s'assurer par lui-même des odieux moyens employés pour amener cette conversion. Il ne put s'empêcher de témoigner son indignation au convertisseur Popiel, et laissa voir aux prêtres apostats venus de Galicie, le peu d'estime qu'il avait pour eux. Ces actes de courage lui valurent la perte de son siège. Un ukase du 28 novembre 1875, transféra M^'' Joanicius de l'archevêché de Varsovie à celui de Kherson, perdu dans les steppes du midi, et le titulaire de Kherson, M^'' LeontiuSj connu par son ardeur contre les catholiques, fut appelé à le remplacer.
En dernier lieu, l'empereur a publié un ukase pour remercier tous ceux qui ont contribué à tant de glorieux succès. Dans ce même ukase , il décrète l'abolition d'une quarantaine d'églises du rite latin situées au milieu des églises grecques-unies, afin que la population restée fidèle à sa foi ne puisse pas fréquenter ces églises latines. Il néglige de dire si cette suppression complémentaire a
lieu à la demande des latins, mais on doit le croire, puisque tout ici a été provoqué par les désirs spontanés des populations.
Voilà ce qui se passe au centre de l'Europe, en plein dix-neuvième siècle. Le Ton-Kin était, dans le même temps, témoin du massacre de vingt- cinq mille chrétiens. Ces événements appartiennent plutôt à l'histoire générale de l'Eglise qu'à celle de Pie IX. Nous avons dû , néanmoins, ne pas les passer sous silence, parce que de tels spectacles réconfortent et encouragent, et nous avons choisi, de préférence, pour les raconter avec quelques détails , les massacres de la Pologne russe, afin d'inspirer un peu de modestie à cette civilisation moderne si fîère d'elle-même.
La main malfaisante de M. de Bismarck se fait sentir jusque dans l'Orient, où la Prusse était naguère inconnue. La Turquie était, avant ces derniers temps, renommée pour sa tolérance et son équité envers ses sujets catholiques; les processions, dans les rues de Gonstantinople , étaient plus libres que dans celles de Paris. Grâce à cette bienveillance, le pontificat de Pie IX y a produit des fruits admirables. Sous ses auspices et par ses soins, des collèges florissants éclairent et vivifient les fidèles du rite latin; les fondements d'une église bulgare unie ont été posés et se rafî'ermissent tous les jours; les maronites achèvent de relever leurs ruines de 1860; le nombre des Grecs catholiques (ou melchites), a presque doublé, tant les conversions sont nombreuses ; de même celui des catholiques chaldéens et des catholiques arméniens. Cette dernière partie de la population chrétienne est peut-être la plus instruite et la plus influente de toutes celles qu'abrite le sceptre des Padischas. Mais son état prospère s'est vu compromis subitement et presque anéanti par les intrigues de Berlin, aidées d'un réveil passager du fanatisme ottoman.
Pie IX avait réglé, par la bulle Reversurus, l'ordre de succession et le mode d'élection des patriarches et évêques arméniens catholiques. Ce règlement, prématuré peut-être, mais à coup sûr dicté par la plus sage prévoyance, fut accepté d'abord sans difficulté. Mais il y avait à Rome quelques moines indisciplinés qui quittèrent clandestinement cette ville au commencement du Concile. Pour colorer