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CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

une rébellion dont les motifs étaient tout autres, ils alléguèrent la bulle Reversurus, déjà ancienne, et la proclamation de l'infaillibilité, qui n'avait pas encore eu lieu. Appuyés d'un parti laïque fort riche et fort entreprenant, ils firent nommer un des leurs, Kupelian, administrateur de leur nation, et intriguèrent si bien, qu'ils obtinrent à ce Kupelian l'investiture du gouvernement turc, comme au seul et véritable chef des Arméniens catholiques. Le chef légitime, M^' Hassoun, patriarche de Cilicie, protesta et réclama ses droits; mais l'antique protection de la France était afiaiblie par de récents revers, et peut-être encore plus, dans la question arménienne, par l'inintelligent appui dont le dernier ambassadeur de Napoléon III avait soutenu les manœuvres des kupélianistes. La Porte traita M^"" Hassoun de séditieux , et l'obligea à s'exiler. Le patriarche de Cilicie se retira à Rome auprès de Pie IX.

A partir de ce moment, l'intrus Kupelian et les siens, quoique leur nombre n'ait jamais dépassé douze à quinze cents, furent officiellement reconnus comme les seuls catholiques arméniens, et M^'^ Hassoun et ses fidèles, bien qu'au nombre de cent mille, reçurent dédaigneusement, avec le surnom officiel de hassoum'tes, l'autorisation de former une secte nouvelle. Mais tous les biens de l'église catholique arménienne furent dévolus aux kupélianistes.

Les expulsions d'évêques et de curés, les invasions à main armée d'églises, de monastères et d'hôpitaux se succédèrent dès lors comme en Suisse. Même système dans les deux pays et même façon d'agir. En dépit du dictionnaire, on proclamait vrais catholiques ceux que le Pape venait d'excommunier, et schismatiques ceux en communion avec le Pape et le reste du monde catholique, et l'on spoliait le catholicisme, sous apparence de lui faire rendre ce qui lui appartenait. La similitude des procédés fut même poussée plus loin. A Genève l'église de Notre-Dame, à Constantinople celle du Saint-Sauveur, mises sous séquestre par les gouvernements, en attendant que la justice prononçât, furent toutes deux livrées au schisme, avant la décision judiciaire et malgré la parole donnée.

Damas, Brousse, Sinope, Mardyn, Mossoul, toutes les principales villes de l'empire ottoman virent la force armée chasser de leurs

églises des foules de catholiques arméniens pour faire place à des poignées de kupélianistes. La persécution s'étendit jusqu'au Caire. A Angora, douze mille catholiques arméniens furent dépossédés en faveur de douze dissidents : douze, y compris le moine apostat délégué par Kupelian. A Adana, l'église, l'école et l'évêché catholique arménien avec tous leurs revenus, devinrent la proie d'un seul prêtre et d'un seul laïque. A Tréhizonde, l'évêque expulsé par les baïonnettes turques mourut de douleur. La valeur des biens enlevés ainsi à leurs légitimes propriétaires atteint près de cent millions de francs (1).

Ces criantes injustices ne portèrent bonheur ni à l'empire ottoman, ni au grand vizir Hussein Avni Pacha, leur principal auteur. Le second est tombé depuis par une révolution de palais ; le premier a fait, par la banqueroute et par l'insurrection de l'Herzégowine, un nouveau pas vers sa ruine définitive. Ce n'est pas la Prusse qui viendra à son secours. Mais la persécution arménienne a diminué d'autant les regrets que nous aurions pu éprouver quelques années plus tôt, en voyant disparaître celui pour qui nous prodiguâmes notre sang et nos trésors en Crimée.

Pie IX éleva la voix en faveur des opprimés, dans le consistoire du 21 décembre 4874. Après avoir déploré les persécutions actuelles d'Allemagne , de Suisse et de quelques républiques américaines , il continua ainsi :

« Devant procéder aujourd'hui avec vous à la confirmation du patriarche Syrien d'Antioche, Nous ne pouvons pas faire autrement, vénérables frères, que de déplorer, dans le fond intime de Notre cœur, la dure persécution qui, dans l'empire turc, opprime les catholiques arméniens. Car là le pouvoir public, après avoir indignement chassé le patriarche de Cilicie, ose traiter comme catholiques des hommes, ecclésiastiques et laïques, qui, rebelles à Notre autorité, rejetant l'obédience qu'ils doivent à ce patriarche, ont abandonné le bercail du Christ et sont sortis misérablement de l'unité catholique. Ils jouissent de la protection publique qui leur a été

(1) Annales de la Propagation de la foi; janvier 1876.

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