‹ Pie IXChapitre 245 sur 288 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

accordée. Quant aux vrais fidèles du Christ, qui soutiennent avec un grand courage l'adversité, pour garder la religion de leurs ancêtres, ils sont livrés à la haine et à la fureur des néo-schismatiques ; leurs biens et ceux de l'Eglise ont été occupés violemment en plusieurs endroits par la force armée, sous l'inspiration et la conduite des néo-schismatiques, et ils ont été contraints de s'assembler dans des maisons privées pour célébrer les offices sacrés et les saints mystères. Ils ne sont pas même défendus par les maximes de ce siècle, dont l'autorité, en proclamant la Uberté de conscience, devrait leur laisser la liberté de posséder leurs églises, de professer leur foi, de s'attacher à leurs pasteurs ; ils ne sont pas défendus par les traités solennels passés entre les grandes puissances, et par lesquels, outre les autres questions qui y furent résolues, il avait été pleinement pourvu à la liberté, à la sécurité et au bien des catholiques qui vivent dans l'empire ottoman. Qu'est devenue la sainteté de la foi donnée et reçue ? Et ce zèle pour défendre et soulager les opprimés, qu'est-il devenu chez ceux qui devraient et pourraient élever la voix? »

Pie IX recueillit les exilés, soutint de ses encouragements les dépossédés réduits à la misère, et quelques fois les nourrit de ses aumônes. La lettre suivante, adressée par lui, en janvier 1875, à M^'' Melchior Nazarian, archevêque expulsé de Mardyn, en Mésopotamie, peut être regardée comme type des lettres apostoliques qu'il écrivit à cette occasion :

(( Nous gémissons avec vous, vénérable frère, sur les maux de toute l'Eglise, sur les vôtres en particulier, auxquels, privés que Nous sommes de tout secours humain, circonvenus par la perfidie et la violence. Nous ne pouvons apporter aucun remède. Mais quoique Nous voyions qu'il a été donné aux portes de l'enfer et à leurs suppôts une entière liberté et une pleine puissance de nuire. Nous ne devons point perdre courage ni croire que le triomphe de l'iniquité sera de longue durée. En efi'et, dit l'Ecriture, l'impie se trouve pris dans sa perversité; il est lié par les chaînes de ses crimes, et celui qui creuse une fosse pour d'autres y tombera le premier; et celui qui met une pierre devant les pas de son prochain s'y heurtera et y trébu-

chera; enfin celui qui tend un piège à un autre y tombera lui-même. Au reste, vénérable frère , comme cette guerre est déclarée non aux hommes, mais à Dieu, c'est en haine de son nom que ses ministres et ses fidèles sont maltraités ; la persécution fait leur mérite et leur gloire. Il se lèvera enfin lui-même, et il jugera sa cause.

» C'est pourquoi, tout en applaudissant à votre fermeté. Nous vous exhortons très-instamment à ne jamais la démentir, à posséder votre âme dans la patience, à attendre avec confiance, mais aussi à agir avec courage, car vous êtes appuyé, non sur vos propres forces, mais sur celles de Dieu dont vous soutenez la cause. Votre constance affermira celle de votre clergé et du troupeau confié à vos soins ; elle amènera une victoire morale certainement plus éclatante et plus solide que le succès passager de la violence. »

Grâce à Dieu, la victoire morale annoncée par Pie IX aux catholiques arméniens fidèles semble devoir suivre de près le triomphe de la force. Les plus récentes nouvelles de Gonstantinople mentionnent de nombreux et éclatants retours à l'unité. Les kupélianistes sont réduits maintenant à six ou sept cents personnes tout au plus. On peut donc prévoir dès aujourd'hui l'extinction graduelle de ce nouveau schisme et l'impossibilité où il sera de garder les temples et les biens volés. Déjà il a dû abandonner ceux d'Adana et de Diabékir, dans les premiers mois de 1876.

Un autre schisme oriental encore plus vite disparu, fut celui de M^'' Audou, patriarche chaldéen. M^'' Audou s'était montré au Concile un des plus opiniâtres adversaires de l'infaillibilité ; il avait en outre soutenu les kupélianistes de son influence à Constantinople. Sa conduite sur ce point lui attira de paternelles remontrances et de justes censures de Pie IX. Le patriarche recula à temps devant les conséquences déplorables qu'aurait eues son obstination. Pie IX, par une lettre de la fin février 1873, le releva des peines ecclésiastiques encourues. Il semble toutefois que les ferments de discorde n'ont pas tous disparu chez les Ghaldéens. Ce peuple, comparable par le nombre à une paroisse de Paris ou de Lyon, donne plus d'embarras au Saint-Siège qu'une grande nation.

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