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CHAPITRE XXVI

SITUATION DU MONDE VIS-A-VIS DE PIE IX. — EXTRÊME ORIENT. — AMÉRIQUE. — L'EQUATEUR ET LE PRÉSIDENT GARCIA MORENO. — ANGLETERRE. - ESPAGNE. - AUTRICHE. — BELGIQUE. — FRANCE, ETC.

Nous avons déjà mentionné les martyres de l'extrême Orient. Il y en eut en Chine et au Ton-quin. Dans ce dernier pays, à la suite d'une brillante expédition qui rappelle les conquêtes de Fernand Gortès, un officier français, appartenant à la nouvelle colonie de Cochinchine, M. Francis Garnier, fut enseveli prématurément dans son triomphe; mais le gouvernement qui l'avait envoyé, loin de soutenir son entreprise, la désavoua et retira toute protection aux indigènes chrétiens qui s'y étaient compromis. La vengeance des mandarins païens fut prompte et cruelle. Dans la plupart des chrétientés il n'y survécut que les femmes et les petits enfants, et pas une maison ne resta debout. Le gouvernement français laissa impunies ces atrocités dont il était la cause indirecte ; mais il conclut avec l'empereur d'Annam, suzerain du Ton-quin, un traité qui met toute cette région sous le protectorat de la France. Paisse la liberté de la foi s'y trouver désormais mieux garantie !

Sous la domination anglaise, dans l'Inde et l'Indo-Ghine occidentaie, cette liberté est complète depuis longtemps. Aussi Pie IX a-t-il eu la joie de pouvoir y multiplier les vicariats apostoliques, aussi bien qu'en Chine, à mesure que s'accroît le peuple fidèle, si minime encore au milieu d'innombrables foules païennes ou mahométanes. Mais c'est dans le Japon que la Providence réservait au saint Pontife les consolations les plus grandes , et comme la merveille de son pontificat.

Là avait disparu dans le sang, puis dans le silence du mystère.

une chrétienté qui compta jusqu'à deux millions de fidèles au commencement du XVII® siècle, et qui avait donné au ciel, successivement, un nombre presque égal de martyrs. Le Japon, où ne pénétraient plus que quelques marchands hollandais, gardés à vue dans un îlot après avoir foulé aux pieds la croix du Sauveur, le Japon avait cessé d'exister pour le reste du monde, et le reste du monde pour les Japonais. Il était comme à découvrir de nouveau, semblable à ces cités du Vésuve que la lave a tenues si longtemps ensevelies. Tous les missionnaires qui, depuis 1630, s'étaient fait déposer sur ces rives inhospitalières, y avaient été immédiatement saisis, torturés et mis à mort. On se demandait s'il existait encore des chrétiens japonais. Toutefois Pie IX, mû par une secrète inspiration, créa, dès la première année de son pontificat, un vicariat apostolique du Japon.

Par son ordre, M^'' Forcade, qui fut depuis évêque de Nevers, débarqua dans la principale des îles de Liéou-Kiou, archipel tributaire du Japon, mais il y fut si étroitement surveillé et gardé, que ni lui ni M. Leturdu ne purent s'aboucher avec les indigènes, qui avaient défense de leur parler, sous peine de la vie. Ils se rembarquèrent. Le P. Colin, nommé pro-vicaire, fit deux cents lieues sur un mauvais chariot chinois, pendant le dégel et par des chemins horribles, afin de pénétrer au Japon par le nord ; il mourut épuisé de fatigues dans les bras de M^'' Vérolles, en arrivant en Mantchourie. En 1855, trois nouveaux missionnaires parvinrent à s'établir dans une bonzerie à Liéoii-Kiou. Ils convertirent et baptisèrent un de leurs domestiques, dont ils espéraient faire un catéchiste, mais ce néophyte leur fut aussitôt enlevé et, selon toute apparence, décapité. Personne ne voulut leur en donner aucune nouvelle.

La reprise de cette grande mission japonaise semblait donc aussi éloignée que jamais, lorsque tout à coup s'accompht une révolution si imprévue, si complète qu'on ne peut l'attribuer qu'à une intervention directe de la Providence. Le Japon rouvrit ses portes. Il les rouvrit aux Etats-Unis d'Amérique, à l'Angleterre et à leurs ballots de marchandises; après quoi il lui fut impossible de les refermer à la France et à l'Evangile.

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