‹ Pie IXChapitre 247 sur 288 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

Le traité conclu avec la France en 1858 assurait le libre exercice de leur religion aux sujets français au Japon. Fort de cette stipulation, le vicaire apostolique, M^"" Petitjean, put élever une église à Yokohama , et transporter sa résidence à Nangasaki. La prévoyance de Pie IX fit qu'il y devança, et de beaucoup, les prédicants de l'hérésie. Un jour qu'il venait de célébrer le saint sacrifice , des habitants d'un gros village de la banlieue, nommé Ourakami , s'approchèrent, la crainte et la joie peintes sur le visage, et lui adressèrent deux questions : « Avez-vous renoncé au mariage^ vous et vos prêtres, et honorez-vous la Mère du Christ par vos prières? » Sur la réponse affirmative du missionnaire, les Japonais tombèrent à genoux et s'écrièrent : « Vous êtes bien les disciples de saint François-Xavier, notre premier apôtre; vous êtes bien les confrères légitimes de nos anciens jésuites. Enfin, après deux cents ans passés, nous revoyons des prêtres de la vraie foi! » Et ils remerciaient Dieu , en versant des larmes auxquelles le missionnaire mêlait les siennes. « La religion, ajoutèrent-ils, n'est libre que pour les étrangers ; la loi n'a pas cessé de nous punir de mort , nous autres Japonais catholiques; mais n'importe, recevez-nous, instruisez-nous; le temps et le manque de livres ont peut-être défiguré dans nos mémoires les enseignements de la vérité ; il arrivera de nous ce que le bon Dieu voudra! »

Le christianisme s'était conservé, à l'état de doctrine secrète, dans plus de quatre mille familles, formant quatorze à quinze mille personnes.

Les missionnaires eurent beau agir avec prudence ; le mystère de leurs relations avec les indigènes fut révélé à la police locale, et plus de quatre mille personnes d'Ourakami furent arrêtées, bâtonnées, emprisonnées ou transportées dans le Nord. Leur séquestration dura quatre années ; un tiers de ces confesseurs de la foi y périrent de besoin, mais bien peu faiblirent. Leurs débris furent rapatriés enfin, lorsqu'ils eurent lassé la patience des bourreaux, et, grâce aux représentations des consuls européens , la liberté religieuse fut accordée, provisoirement du moins, aux indigènes comme aux étrangers. Pie IX eut ainsi le bonheur de voir se renouer, sous sou

pontificat, la chaîne des martyrs et des confesseurs de cette église japonaise, héroïque entre toutes.

Les bornes de cet ouvrage ne permettent pas de longs détails sur les progrès des nouvelles chrétientés océaniennes, sur celles de l'Afrique méridionale et sur les évêchés et archevêchés créés par Pie IX au Gap, en Australie et dans la Nouvelle-Zélande. Nous n'écrivons pas ici l'histoire des missions.

En s'éloignant des îles du Grand-Océan, pour se rapprocher de l'Amérique, on retrouve dans les jeunes nations filles de la vieille Europe, toutes les passions de cette dernière. On y retrouve aussi , malheureusement, les sociétés secrètes et la franc-maçonnerie.

Pie IX félicitait naguère par un bref l'illustre évêque d'Orléans, d'avoir démasqué la franc-maçonnerie, ce « laboratoire de la révolution, n comme l'appelle M. Henri Martin. C'est surtout en Amérique, dans les Etats d'origine espagnole ou portugaise, qu'il faut venir étudier la franc-maçonnerie. Là se poursuit sans trêve, avec une brutahté que rien ne déguise, l'éternelle lutte entre la vérité et l'erreur, entre la foi et la révolte; et ce sont les sociétés secrètes qui donnent le mot d'ordre aux ennemis de l'Eglise et de la société. Pie IX avait déjà signalé le mal dans son encyclique du 21 novembre 1873 : « Celui, disait-il, qui aura bien compris le caractère, les tendances, le but des sociétés secrètes, sous quelque nom qu'elles se cachent , s'il les compare avec le caractère, la nature et le développement de cette guerre déclarée à l'Eglise presque sur toute la surface du globe , ne pourra révoquer en doute que les calamités présentes ne doivent être attribuées, comme à leur cause principale, aux ruses et aux machinations de ces sectes. Ce sont elles qui composent la synagogue de Satan, dont les forces réunies, comme une armée rangée en bataille, marchent, enseignes déployées, à l'assaut de l'Eglise... Les innombrables adeptes de ces sociétés secrètes sont persuadés qu'ils touchent au terme de leurs vœux et qu'ils vont atteindre le but qu'ils se sont fixé à l'avance. Parvenus , selon leurs désirs^ à se rendre, en plusieurs pays, maîtres du gouvernement, ils se servent audacieusement de l'autorité dont ils jouissent pour réduire l'Eglise au plus dur esclavage, miner les fon-

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