‹ Pie IXChapitre 248 sur 288 · CHAPITRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIEME

déments sur lesquels elle repose, obscurcir les divines prérogatives, qui l'environnent d'un si vif éclat , l'ébranler, la renverser, la détruire de fond en comble et en faire disparaître jusqu'aux derniers vestiges sur la terre. C'est pourquoi , Vénérables Frères, employez tous vos efforts à prémunir les fidèles confiés à vos soins contre les pièges et la contagion de ces sectes, et à ramener du chemin de la perdition ceux qui se seraient laissés tromper par elles. »

L'évêque d'Olinda, M^"" Gonsalvez de Oliveira, prit, dans l'empire du Brésil, l'initiative de se conformer aux recommandations précédentes de Pie IX. La franc-maçonnerie, dans ce vaste empire, occupait les fonctions principales et remplissait les conseils du gouvernement; elle s'était signalée, entre autres, en s' attaquant aux sœurs de Charité, aux lazaristes, et à tous les prêtres zélés qui cherchent à rétablir la discipline de l'Eglise. M^'' de Oliveira ne craignit pas de rappeler à ses diocésains , dans une lettre pastorale pressante, qu'on ne peut être franc-maçon en sûreté de conscience.

Son audace fut récompensée d'une part par les encouragements et les félicitations du Saint-Siège, et par la soumission d'un grand nombre de fidèles accoutumés à ne voir jusque-là, dans la francmaçonnerie, qu'une association inofFensive; de l'autre par la fureur des chefs de la secte, qui sont précisément ceux qui en connaissent le mieux les secrets et le but.

L'empereur don Pedro II, nous l'avons vu par sa conduite à Rome, incline par tempérament à vouloir plaire à Dieu sans déplaire au diable. Il jugea que la lettre pastorale devait être déférée comme d'abus au conseil d'Etat , et les conseillers déclarèrent , en efiet, que la sentence prononcée par l'évêque était illégale , n'ayant pas reçu le placet impérial a exigé par la constitution de l'Empire. »

Conformément aux ordres du ministère, le procureur général cita l'évêque d'Olinda devant le tribunal suprême de Rio-Janeiro. Le courageux prélat répondit à la citation du tribunal par une lettre énergique dans laquelle il déclarait que sa conscience ne lui permettait pas de comparaître devant le tribunal suprême, parce que ce serait reconnaître ainsi la compétence d'un tribunal civil en matière rebgieuse.

Le 3 janvier 4874, l'évêque d'Olinda recevait l'ordre de se rendre en prison. Il déclara qu'il ne céderait qu'à la force. Le chef de la police s'étant présenté au palais épiscopal avec deux officiers militaires, M^"' de Oliveira se livra à eux et fut conduit au port, où l'attendait un vaisseau de guerre pour le transporter à l'arsenal maritime de Rio -Janeiro, une des stations les plus malsaines du Brésil.

A peine M^' Lacerda, évêque de Rio-Janeiro, fut-il informé de l'arrivée de son vénéré confrère, qu'il se rendit à l'arsenal maritime, se jeta aux pieds du prisonnier, embrassant ses mains qu'il arrosait de larmes, et demandant sa bénédiction. M^"" Gonsalvez embrassa tendrement l'évêque de Rio-Janeiro ; mais celui-ci , ne pouvant maîtriser son émotion et voulant témoigner à l'illustre victime de la maçonnerie son admiration , détacha sa croix pectorale qui était un souvenir de famille, et la passant au cou de M^"" Gonsalvez , il lui dit : u Monseigneur, vous avez toute juridiction sur cette terre où vous êtes amené captif; mon clergé, le chapitre de ma cathédrale seront heureux de se soumettre à vos ordres ; daignez nous bénir tous : la bénédiction des confesseurs de Jésus-Christ est un gage de salut. » Avant de se retirer, M^'' Lacerda remit une forte somme d'argent au prisonnier pour pourvoir à tous ses besoins , et promit de venir le visiter aussi souvent que les geôliers le lui permettraient.

La plupart des évêques du Brésil envoyèrent des télégrammes de félicitation à M^'' de Oliveira ; toutefois , un seul eut le courage de s'associer à sa conduite en l'imitant. Ce fut l'évêque de Para qui , lui aussi, ne tarda pas à passer de son palais épiscopal à une prison. L'administrateur qu'il laissa à sa place, en quittant son diocèse, ayant refusé de lever l'interdit porté par lui contre certaines confréries remplies de francs-maçons , fut condamné , le 25 avril 1875, à six ans de travaux forcés. L'administrateur du diocèse d'Olinda, pour des motifs identiques, fut aussi frappé de quatre ans de la même peine.

Mais des élections nouvelles amenèrent enfin au pouvoir des hommes plus respectueux pour l'indépendance des fonctions épisco-

Page 1