CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
pales , et cette persécution brésilienne arriva à son terme. L'évêque d'Olinda, à peine délivré, s'empressa de se rendre à Rome pour y rendre compte de sa conduite à Pie IX, qui le combla de témoignages d'affection.
Dans la république de Venezuela, limitrophe du Brésil, l'archevêque de Caracas , M^"" Guebara , se trouvait exilé de même , ainsi que d'autres, par un gouvernement tout entier aux mains des sociétés secrètes. L'évêque de Guayana, ambitieux ou de faible intelligence, allait accepter de ce gouvernement ce même archevêché de Caracas , qui n'était point vacant. Pie IX s'empressa de lui écrire, le 8 juillet 1874.
Après avoir exphqué à l'évêque prévaricateur la nature pernicieuse des nouvelles lois vénézuéliennes, auxquelles il avait le tort de prêter serment, et lui avoir reproché de se dire dans ses lettres à Rome, par une fausse et hypocrite modestie, « désireux de pouvoir refuser la dignité archiépiscopale, à cause de son âge et de l'affaibhssement de ses forces, » tandis qu'il acceptait publiquement les offres qui lui en étaient faites dans son pays , le souverain Pontife terminait ainsi :
« Une seule chose adoucit Notre douleur : ce siège d'autrui, vous ne l'occupez pas encore et, bien que vous ayez déjà causé un immense scandale, vous n'êtes pas encore formellement un intrus. Vous êtes vieux, vous le dites vous-même. Songez donc au jugement qui approche. Que répondrez-vous à Jésus-Christ vous demandant compte de votre administration et vous reprochant d'avoir déchiré sa robe sans couture?... Les dignités, les richesses, les faveurs du pouvoir sont un vain appareil qui vous sera bientôt enlevé ; mettez en regard les peines qui vous attendent si vous continuez à préparer le schisme et l'apostasie... Efforcez-vous plutôt, par une rétractation immédiate et publique de votre consentement et de votre serment, d'écarter la pierre d'achoppement que vous avez mise sous les pieds des fidèles, et de racheter votre regrettable faiblesse par une fermeté d'âme tout apostolique et une défense intrépide des droits de l'Eglise. Nous vous le souhaitons, Nous l'allcndons de vous, et comme augure de cette vigueur céleste que Nous appelons sur vous
et gage de l'extrême bienveillance que Nous vous portons, Nous vous donnons affectueusement, à vous et à votre diocèse de Guayana, la bénédiction apostolique. »
Le Chili, la seule dès républiques hispano-américaines, qui ait joui jusqu'ici de la paix religieuse en même temps que de la stabilité politique, semble vouloir entrer à son tour dans la voie si funeste à ses voisins. Une majorité impie d'une vingtaine de voix dans les chambres, propose de proclamer la séparation complète de l'Eglise et de l'Etat, tout en subordonnant les enseignements de la première au bon plaisir du second. Mais les évêques ont aussitôt protesté, le peuple s'est prononcé presque unanimement pour ses pasteurs, gardiens de sa foi; et peut-être les projets menaçants pour la liberté et la tranquillité publique seront-ils abandonnés de leurs auteurs.
Dans la Répubhque argentine, les consolants progrès de la foi donnèrent lieu, en 1875, de la part du gouvernement de cette République, à une demande de nouveaux missionnaires qui fut transmise au Saint-Siège par le chevalier Gazzolo, consul argentin à Savone. La question fut bientôt réglée. Dix missionnaires de la ville de Turin et quinze religieuses de Rome vont apporter le trésor de leur charité et de leur zèle aux chrétientés de la Répubhque argentine. Les missionnaires appartiennent à la congrégation naissante de Saint-François-de-Sales, fondée à Turin par un saint prêtre, D. Giovanni Bosco, dont le nom et le concours sont l'âme des institutions charitables qui fleurissent dans la capitale du Piémont. Les quinze religieuses de Rome font partie de l'institut de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, dont la maison-mère est à Savone.
Avant de partir pour leur nouvelle destination, les missionnaires de Saint-François-de-Sales et les religieuses de Notre-Dame-de-la- Miséricorde se réunirent le jour de la Toussaint^, au Vatican, afin d'implorer sur leurs travaux apostoliques la bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ.
Les missionnaires et les religieuses furent présentés séparément au Saint-Père par le consul, M. le chevalier Gazzolo, venu expressément à Rome pour la circonstance. Sa Sainteté eut des paroles de