CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
aussi fécond qu'aux Etats-Unis. Il y a décuplé, ou peu s'en faut, le nombre des sièges épiscopaux et métropolitains. Celui des collèges, écoles catholiques , couvents ou monastères grandissait en même temps dans une égale proportion. En 1874 , pour ne parler que des créations les plus récentes , Pie IX détacha de l'immense diocèse de Galveston l'èvêché de San-Antonio et le vicariat apostolique de Brownsville. En 1875, il éleva quatre sièges à la dignité de métropoles : Boston , qui a désormais cinq sufFragants , Philadelphie qui en a quatre^, Milwaukie qui en a quatre et bientôt six , et Santa-Fè du Nouveau-Mexique, dont les sufFragants ne sont pas encore déterminés.
La même année , il créa pour la première fois un cardinal américain. Ce fut M^'' Mac-Closkey, archevêque de New- York. Le président Grant fit remercier officiellement le souverain Pontife de cet honneur qui rejaillit en quelque sorte sur toute la grande République (1).
vation de ses restes, il sera construit un mausolée digne d'eux ; — Art. 3. Il lui sera érigé une statue en marbre ou en bronze , avec cette inscription : A l'excellentissime don Gabriel Garcia MoreJio, jirésident de la République de VEquateur, mort pour la patrie et pour la religion le 6 août 1875.
» Quito, capitale de l'Equateur, le 30 août 1875. »
(i) Il parait que déjà le président Lincoln avait réclamé de Pie IX des cardinaux américains, « afin que le culte catholique eût aux Etats-Unis la même splendeur qu'en Europe. » Il envoya à Rome, à cet effet, un diplomate qui exposa d'abord son idée au cardinal Antonelli. Le cardinal, fort étonné, objecta que jamais les Papes n'avaient envoyé de cardinaux en Amérique.
— C'est une raison pour le faire, reprit froidement le diplomate. Il ne s'agit pas d'ailleurs de nous envoyer des cardinaux, mais de faire cardinaux des évêques américains, américains, américains.
Il prononçait le mot américains avec cet accent de fierté sèche et mâle si remarqué eu Europe.
« Les Etats-Unis sont bien loin, s'écria le secrétaire d'Etat ; comment des cardinaux d'Amérique feraient-ils partie du conseil du Pape, comment arriveraieulils promptement à Rome pour les conclaves ?
— Votre Eminence est-elle allée en Amérique ?
— Non, certes.
— Moi, j'en viens; c'est la sixième fois. J'ai mis neuf jours pour venir de New- York à Southampton et cinq de Southampton ici. Les Etats-Unis sont à la porte de Rome. Vous parlez de conclaves. Autrefois un cardinal employait des mois pour venir de Séville ou de Dublin à Rome; aujourd'hui il vient en quelques jours des extrémités du monde, et nous ne sommes qu'à l'A R C des voies rapides. »
Le cardinal ne fut pas convaincu, répéta ses objecLious, mais combla le di-
Lorsqu'on songe qu'au commencement de ce siècle, il n'y avait pas 300,000 catholiques aux Etats-Unis, et qu'il y en a aujourd'hui de 7 à 8 millions; lorsqu'on se rappelle, en outre, .qu'en 1825, M^"^ Fenwick, en arrivant dans la New-England (Nouvelle-Angleterre), qui forme aujourd'hui le nouvel archidiocèse de Boston et les cinq évêchés d'Hartford, Burlington, Portland, Springfield et Providence , ne trouva que trois prêtres et huit églises pour toute cette région ; on ne peut qu'admirer les miraculeux développements de cette jeune Eghse qui répare si hien , dans le Nouveau-Monde , les pertes de l'ancien. Gardons -nous, toutefois, d'exagérer. Les diverses populations protestantes ou athées (car il y a aux Etats-Unis des millions de personnes qui ne sont pas baptisées), s'élevaient , dans le même espace de temps, du chiffre de 2,700,000 à celui de 32 ou 33 milhons. Il faut tenir compte également de l'immigration des catholiques irlandais, canadiens, français ou allemands du Sud au nombre de 2 millions peut-être, tandis que les protestants se voyaient renforcés de 4 à 5 millions d'Anglais, Ecossais, Suédois, Norvégiens et Allemands du Nord. Il n'en est pas moins vrai que l'accroissement des catholiques a été, toutes proportions gardées , double de celui des non-catholiques. Ce résultat suppose de nombreuses conversions , et l'on peut dire que les Bismarck et les
plomate de politesses et lui dit qu'il allait prévenir le Pape et se ferait un honneur de le conduire chez Sa Sainteté.
Quand Ms'' Antonelli se présenta chez le Pape, il crut que Sa Sainteté manifesterait le même étonnement que lui, mais Pie IX se contenta de dire :
« Je suis d'un avis très-différent, et je trouve que ce président Lincoln est un grand homme d'esprit et de cœur. lia parfaitement raison. Au reste, Eminence, j'ai toujours pensé que Dieu me réservait la consolation de doter l'Amérique de princes ecclésiastiques... Songez donc à ceci : Je suis le premier homme assis sur la chaire de saint Pierre qui soit allé en Amérique ! »
Le caractère de Pie IX, sa confiance en sa mission, sa grandeur sont dans ce trait. Il reçut avec la plus parfaite bienveillance le diplomate américain, lui fit des présents , le chargea d'apporter une belle table en mosaïque à Lincoln et accepta la proposition de donner des cardioaux à l'Amérique.
Il y eut des retards sans doute ; mais, d'une part, le Saint-Siège ne fait rien avec précipitation ; d'autre part, on ne fut pas d'accord sur le choix des prélats à revêtir de la pourpre, et bientôt après Lincoln fut assassiné. Enfin, en 1875, Pie IX réalisa le vœu du glorieux président et se donna à lui-même la consolation qu'il avait rêvée.