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CHAPITRE QUATRIÈME

papes et le bonheur de leurs sujets, et c'était la Révolution française, si libérale de nom , mais si despotique de fait , qui avait détruit ce self-government provincial , en lui substituant le principe de la centralisation. Il s'agissait donc de revenir tout simplement à l'ancien régime ; on revenait , par là même , à la liberté , et Pie IX en avait déjà annoncé l'intention par une circulaire du cardinal Gizzi.

La Consulte d'Etat, telle que l'organisa Pie IX, se composait d'un cardinal président^ d'un prélat vice-président^ et de vingtquatre consulteurs, quatre pour Rome et la Gomarque, deux pour la province de Bologne, et un pour chacune des autres provinces. Les consulteurs étaient choisis par le souverain sur des listes de trois candidats envoyés par les Conseils provinciaux. Les Conseils provinciaux, pour former ces listes, choisissaient eux-mêmes parmi d'autres listes de trois candidats émanant des Conseils municipaux ; enfin les Conseils municipaux étaient le produit du suffrage universel, mais épuré par l'exclusion des repris de justice, desi^Tognes, et en général de toutes les personnes vivant notoirement en dehors des lois sociales.

La Consulte d'Etat se divisait en quatre sections : législation, finances, administration intérieure, administration militaire. Mais Pie IX n'accordait à ses délibérations qu'une autorité consultative, et se réservait, pour les questions douteuses ou particulièrement graves, d'entendre en outre, non-seulement le conseil des ministres, mais le collège des cardinaux , avant de prendre une décision souveraine. Il y a loin , on le voit , de cet ensemble si sage de garanties à une abdication plus ou moins déguisée du pouvoir temporel, telle que les révolutionnaires affectèrent de le déclarer, et que certains catholiques, étourdis par les applaudissements de la révolution , le craignirent.

(( Je vous remercie de vos bonnes intentions , dit Pie IX aux vingt-quatre députés, le jour de l'ouverture de la Consulte. C'est en vue du bien public que j'ai agi, depuis le premier moment de mon élévation au trône pontifical , et je suis encore prêt , avec l'assistance de Dieu, à faire tout pour l'avenir, sans cependant rien retrancher de la souveraineté du pontificat. Et de même que je l'ai

reçue pleine et entière de mes prédécesseurs, de même je dois transmettre ce dépôt sacré à mes successeurs. Je ne la réduirai pas de la pointe d'une aiguille, neppure d'un apice... C'est surtout dans le but de mieux connaître les besoins de mon peuple, et de mieux pourvoir aux exigences de la chose publique, que je vous ai réunis en une Consulte permanente; c'est pour entendre vos avis, pour m'en aider dans mes résolutions souveraines, sur lesquelles je consulterai ma conscience, et pour en conférer avec mes ministres et le sacré Collège... Mais celui-là se tromperait grandement qui verrait dans la Consulte d'Etat que je viens de créer, la réalisation de ses propres utopies, et le germe d'une institution incompatible avec la souveraineté pontificale. »

Ces paroles, rapprochées des actes qu'elles accompagnaient, attestent combien le Pape, accablé d'abord des louanges hyperboliques de la révolution, était bien le même homme qu'elle devait poursuivre ensuite de toutes ses haines et de toutes ses injures. La révolution changea envers Pie IX, mais Pie IX ne changea point, et la postérité admirera sans réserve cette belle vie, demeurée si une parmi des fortunes diverses.

Mais la révolution n'avait pas encore jeté le masque, et son enthousiasme calculé, joint à l'enthousiasme sincère des vrais fidèles, faisait à Pie IX les plus belles ovations dont un homme ait jamais joui.

Chaque jour le peuple était convoqué à des promenades triomphales, dans le but apparent d'aller rendre grâce à Pie IX de ses bienfaits, car ses bienfaits étaient de tous les jours. On enrégimentait la reconnaissance, afin qu'elle ne fût pas maîtresse d'elle-même. Les drapeaux des difi'éreuts quartiers ouvraient la marche, l'hymne de Pie IX était chanté en chœur, et sur le passage du cortège, les fenêtres se pavoisaient, les mouchoirs s'agitaient. Quelquefois, cela avait lieu la nuit, et alors elle était éclairée par des torches et par les illuminations des rues. Arrivé au Quirinal, on demandait la bénédiction du Pape, qui apparaissait subitement à son balcon; si c'était le soir, des feux de beugale éclairaient tout à coup la place, et le peuple à genoux recevait la bénédiction du Pontife.

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