CHAPITRE VINGT-SIXIEME
Les pamphlets récents et parfois étranges d'un protestant, grand homme d'Etat, mais fort mince théologien, M. Gladstone, n'ont servi qu'à raviver en Angleterre la passion des études religieuses et la curiosité pour tout ce qui touche au catholicisme. Plus on a parlé et écrit contre Pie IX, plus on a poussé d'Anglais et d'Américains à aller voir Pie IX, ou à s'aboucher avec ses représentants, et Dieu seul connaît le nombre des protestants qui, d'une visite à Pie IX, sont revenus convertis ou ébranlés !
Tandis que les évêques anglicans, secrètement honteux et embarrassés, ne répondent que par le silence aux demandes de concours moral des protestants allemands, les évêques catholiques d'Angleterre, du Canada et des Etats-Unis n'ont pas craint de parler. Ils ont flétri hautement, par des mandements collectifs, la pohtique du despote devant lequel toute l'Europe est à genoux; nous avons cité une de ces lettres adressée par le cardinal de Westminster et les évêques anglais, aux glorieux captifs des forteresses allemandes.
Aussi est-ce de toute leur âme que les catholiques anglais, le dimanche 8 août 1875, à l'occasion de l'anniversaire d'O'Connel, ont chanté le Te Deum ordonné dans toutes les églises par le cardinal Manning, pour remercier Dieu de la liberté religieuse dont ils jouissent dans le Royaume-Uni et dans ses vastes colonies. Pie IX et le monde catholique tout entier ont uni, ce jour-là, leurs actions de grâces à celles des héritiers spirituels du moine saint Augustin et de saint Thomas de Gantorbéry.
L'oppression séculaire de l'Eglise a cessé également, mais moins complètement et depuis moins d'années, dans les contrées Scandinaves. En Suède, la législation intolérante avait déjà reçu, lors du couronnement du soldat français Bernadotte, un premier adoucissement. On avait réduit à la réclusion et à l'exil la peine capitale portée autrefois sous les Gustave Wasa et les Gustave-Adolphe, ces (c héros de la liberté religieuse, » contre les Suédois qui ne se contenteraient point du culte national tel qu'il leur avait plu de le constituer. En 1860, six femmes furent expulsées judiciairement du pays pour avoir embrassé la religion catholique. L'impression fâcheuse produite en Europe par l'exécution de cet arrêt, amena
l'abrogation des lois pénales religieuses, et Pie IX put nommer à Stockolm un curé qui travaille péniblement, mais non sans fruit, à dissiper les préjugés accumulés, depuis trois siècles et demi, contre l'Eglise qui civilisa jadis la Scandinavie.
Même situation en Danemarck. Il y eut six cents conversions à Copenhague dans les deux années qui suivirent celle de la liberté rendue au culte catholique (1866).
Dans le petit royaume de Grèce, où règne actuellement un fils du roi de Danemarck, la hiérarchie catholique a été rétablie en 1875. Il y aura désormais un archevêque catholique titulaire d'Athènes, comme il y en a un de Corfou. C'est là un vœu souvent exprimé par le précédent roi, Othon de Bavière, qui souffrait de voir les administrateurs des catholiques de son royaume porter des titres épiscopuux in 'partibm, comme s'ils eussent habité un pays infidèle. Ainsi Pie IX poursuit, avec un zèle infatigable, la restauration générale qu'il commença par l'Angleterre et la Hollande.
Que dire de l'Espagne ? Il faut que cette noble nation ait un tempérament bien robuste pour n'avoir pas été encore dissoute par les mécréants sans pudeur, vrais révolutionnaires, aussi incapables d'obéir que de commander, auxquels elle est en proie depuis un demi-siècle. Mais ces mécréants sont en minorité; le peuple des campagnes et des petites villes, surtout à mesure qu'on se rapproche du nord, est encore le peuple théologien et le peuple héroïque par excellence. Il l'a bien montré.
L'Espagne, depuis la chute d'Isabelle II, était maintenue par ses gouvernements successifs dans une sorte de schisme officiel. Prim était un fanatique d'incrédulité ; le roi piémontais Amédée, fils de Victor-Emmanuel, ne pouvait guère nouer de relations amicales avec le Vatican; le républicain Castelar, plus honnête, accepta les propositions de Pie IX, de pourvoir aux évêchés vacants ; Serrano, en revenant au pouvoir, empêcha l'exécution de l'arrangement concerté entre Castelar et le Vatican ; mais Alphonse XIÏ n'eut rien de plus pressé que de reprendre cet arrangement salutaire.
Aujourd'hui les deux rois qui se disputent la couronne de Pelage, rivalisent de déférences envers Pie IX. L'un est son filleul ; l'autre