CHAPITRE VINGT-SIXIEME
paraît avoir inauguré la plus catholique, ou plutôt la seule entièrement catholique des royautés contemporaines (le gouvernement de Garcia Moreno n'étant pas une royauté). Nous avons raconté comment Pie IX a décliné la proposition d'arbitrage entre Alphonse XII et Charles VII (1), Mais quel que soit le vainqueur, il semble que la pauvre Espagne et son Eglise peuvent espérer de meilleurs jours;- à moins qu'Alphonse XII, resté seul maître, ne se livre aux libéraux qui ont passé leur vie à trahir sa mère et à se trahir les uns les autres.
Le Portugal n'est plus que l'ombre de lui-même. En politique , il se traîne à la remorque de l'Angleterre , en religion à celle de la franc-maçonnerie. Pie IX crut devoir un jour stimuler le zèle de ses évêques, et, ce qui donna à sa paternelle remontrance un caractère de haute gravité, il permit qu'on la pubhât. Puisse-t-elle avoir produit tout le fruit qu'il en attendait !
En Hollande et en Belgique, petits royaumes comparables au Portugal par l'étendue, on trouve une tout autre activité. La Hollande compte à peine trois catholiques sur huit habitants, mais la majorité protestante, à l'exemple du roi, y est sincèrement libérale, et la minorité catholique prospère et se développe, comme en Angleterre, parla seule force innée de la vérité, « Ah! répète Pie IX aux visiteurs qui lui viennent de ce pays, ces bons Hollandais^ si simples, si loyaux, si patients, pouvions-nous oublier qu'ils formaient la majorité de nos soldats non italiens de naissance, à Gastelfidardo et à Mentana ? »
La Belgique, moins par l'importance et le retentissement que par l'ardeur et la Ubre expansion de ses polémiques intérieures, semble être devenue le camp de manœuvres des deux grandes armées incrédule et croyante. C'est là que fut inventée par un journaliste, vers 1839, l'épithète de clérical, synonyme injurieux de cathoUque, épithète adoptée immédiatement par toute la presse pseudo-hbérale de Paris et d'ailleurs. C'est là qu'est née vers la même époque, dans les bas-fonds de la franc-maçonnerie, cette ignoble secte des Solidaires,
(1) Chapitre xxiii, p. 40S et 406.
espèce de société de secours mutuels contre Dieu et la vie éternelle (1).
Mais la Belgique a vu, sous le patronage de Pie IX, la jeune Université de Louvain arriver à être la première, et de beaucoup, de toutes les Universités du pays ; elle a vu se former au sein de cette Université, un clergé et un ensemble de citoyens qui font l'admiration du monde ; elle a vu grandir ce vaillant et sage parti catholique que M. de Bismarck honore de sa haine, et qu'il cherche par tous les moyens à précipiter du timon des affaires. Mais le gouvernement issu de ce parti a su ne donner aucune prise à l'ennemi, dans ce temps d'embûches. Il sauvegarde, avec dignité, la liberté religieuse et l'indépendance nationale d'un peuple qui n'a pas un million de fusils pour s'abriter.
Nous n'avons rien dit encore de l'Autriche. Poussée par M. de Beust, le ministre saxon, l'Autriche prétexta les décisions du Concile du Vatican pour colorer une rupture avec Rome. Elle dénonça, le 30 juillet 1870, le fameux Concordat conclu quinze années auparavant avec le Saint-Siège. Pie IX trembla alors qu'elle ne s'engageât dans une voie hostile, et M. de Bismarck compta sur un allié de plus. Mais ni M. de Beust ne pouvait souhaiter le succès de M. de Bismarck, son antique rival, ni François-Joseph n'était homme à trahir son fils et son peuple, comme faisait le roi fainéant de Munich. François-Joseph déclara qu'il y avait dans l'empire assez d'autres rivalités intestines, sans qu'on y ajoutât des querelles religieuses. Il ne put ou ne sut pas toujours empêcher ses ministres de faire voter certaines lois évidemment inspirées par le cabinet de Berlin; mais il empêcha qu'elles ne fussent appliquées. Pie IX lui en exprima toute sa gratitude, et l'histoire tiendra compte au pieux empereur de la difficulté des temps.
(1) Voici le dixième article des statuts de cette société :
Art. X : « Le libre-penseur pouvant être empêché par des influences étran- » gères (les influences de la famille) de remplir ses obligations vis-à-vis du co- >> mité, remettra à trois de ses frères, pour faciliter leur mission en ce cas, un » mandat, fait au moins en triple amplialion, donnant plein droit aux Frères 1) de protester hautement dans le cas où, pour quelque raison que ce soit, on ne ■" tiendrait pas compte de sa volonté formelle de mourir et d'être enterré en » dehors de toute espèce de religion. »