‹ Pie IXChapitre 32 sur 288 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

nistre, le menuisier Materazzi, le cabaretier Tofanelli, un autre cabaretier, Angelo Brunetti, plus connu sous le nom de Ciceruacchio, principal orateur des cercles ou clubs populaires , homme ardent, vaniteux et intempérant, le prince Charles Bonaparte , dont le père, Lucien Bonaparte, avait reçu jadis de la bonté de Pie VII le palais qu'il habitait et le titre de prince de Ganino ; enfin, lejournahste Sterbini, médecin, poète et conspirateur, mais beaucoup plus connu à ce dernier titre qu'à aucun autre, cœur ulcéré contre la société, et qui ne pardonnait pas à Pie IX l'amnistie qu'il en avait reçue. Mazzini seul manquait à ces conciliabules , mais il y assistait par correspondance épistolaire. Il se trouvait sous le coup d'une sentence capitale, pour révoltes à main armée contre le Piémont et pour tentative d'assassinat sur la personne du roi Charles-Albert, et, comme le Piémont et les sociétés secrètes ne s'étaient pas encore donné le baiser de paix et de fraternité , il jugeait prudent de ne se montrer nulle part à visage découvert.

Cependant son plan se réalisait peu à peu et les rassemblements populaires tournaient à l'émeute. On avait commencé par les cris de : « Vive Pie IX ! » on y ajoutait désormais régulièrement ceux de : « Vive l'Italie ! A bas les Jésuites ! » et d'autres semblables. A l'hymne de Pie IX succéda tout à coup une Marseillaise italienne :

Scuoti, 0 Roma, la polvere indegna...

Secoue, ô Rome, la poussière indigne, etc.

qu'on alla chanter sous les fenêtres du Qiiirinal. Pie IX, consterné, refusa de l'entendre. Ceci se passait le 16 juin 184.7, jour anniversaire du couronnement de Pie IX.

La nouvelle de la défaite du Sonderbund, c'est-à-dire des catholiques par les protestants en Suisse, arriva sur ces entrefaites. Nouvelle affligeante pour le Pape et pour les Romains fidèles, mais nouvelle triomphante pour les sociétés secrètes. Au fond, l'esprit révolutionnaire ne se soucie pas plus de protestantisme que de catholicisme, puisque tous deux sont une religion ; mais entre les deux, ses préférences n'hésitent jamais ; elles sont acquises au protestantisme, qu'il importe de maintenir provisoirement, selon le mot d'Eugène

Sue « comme un pont pour sortir du catholicisme. » Les clubs romains illuminèrent et remplirent les rues de leurs torches, de leurs drapeaux et de leurs vociférations. On criait : Vive Pie IX! Vive la Suisse/ A bas les Jésuites ! Certains meneurs profitèrent même de ce désordre, au quartier du Transtevère, pour briser des métiers, gagne-pain du peuple. Le cardinal ministre Ferretti fit battre la générale, se rendit lui-même au Transtevère, avec des dragons et des carabiniers, et étouffa la sédition.

Le 1" janvier 1848, Pie IX étant sorti pour une promenade, vit se ruer autour de lui des bandes avinées qui voulaient dételer sa voiture pour la traîner eux-mêmes, comme faisait souvent le peuple enthousiaste, mais qui mêlaient à leurs acclamations en son honneur des cris de mort contre les rétrogrades , les ennemis du Pape et les inévitables Jésuites. Pie IX fut tellement ému de ce spectacle sauvage, qu'il s'évanouit dans sa voiture. Les clubs publièrent que c'était de terreur des conspirations réactionnaires, et Ciceruacchio, le tribun furibond, ne craignit pas de lui crier par la portière : (( Courage, Saint-Père, le peuple est avec vous ! — Est-ce ainsi, disait le doux Pontife en revenant à lui, est-ce par des cris de haine que vous prétendez me prouver votre amour ? Hélas ! je vois bien qu'au dimanche des Rameaux va succéder la semaine de la Passion ! »

Des complications étrangères, survenues à souhait pour Mazzini et les siens , accrurent coup sur coup l'émotion populaire , en lui donnant une couleur de patriotisme. Aux termes des traités de 1815, le Saint-Siège était rentré en possession des légations de Bologne, Ravenne et Ferrare, jusqu'au fleuve du Pô, mais l'Autriche possédait le droit démettre garnison dans les places de Ferrare et Commachio. Le Saint-Siège avait protesté contre cette disposition injurieuse pour lui, quoique dirigée beaucoup moins contre lui que contre les éventualités révolutionnaires ; aussi l'Autiiche n'en usait-elle que rarement. Mais alarmée subitement, et non sans motifs, par certaines menées aggressives auxquelles il semblait que le Piémont n'était pas étranger, elle crut opportun de prendre les devants et de se prévaloir de son droit. Un milher de Croates et de cavaliers hongrois pénétrèrent, tambours battants et mèches allumées, dans la forteresse de

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