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CHAPITRE CINQUIÈME. 5S

Ferrare , et , ce qui était certainement une usurpation , dans la ville elle-même. La petite garnison pontificale se retira devant eux et leur abandonna la place.

Les démagogues , et avec eux la diplomatie de lord Palmerston , affectèrent de ne voir dans cette conduite qu'une provocation stupide. Le Pape se trouva dans la nécessité de protester hautement ; il n'y manqua point ; les réclamations les plus énergiques furent adressées à Vienne par le cardinal Ciacchi, légat apostolique à Ferrare. L'Autriche finit par céder , mais pas tout de suite , et les quelques mois que dura cette occupation malencontreuse suffirent pour mettre en efiervescence toute l'Italie, Des manifestations éclatèrent à Livourne, à Florence, à Turin. Des volontaires donnaient leurs noms pour marcher sur l'heure contre l'étranger; le roi de Piémont, Charles- Albert, déclara officiellement que , si on en venait là, il mettrait son épée au service des patriotes ; le gouvernement pontifical lui-même, afin d'appuyer ses protestations par quelques préparatifs de défense, prit à tâche de hâter et de régulariser, à Rome et dans les provinces, l'organisation des gardes nationales. Mazzini se réjouissait dans l'ombre et s'applaudissait de voir aux prises le sacerdoce et l'empire.

Aussi, la garnison autrichienne de Ferrare eut beau se retirer, les agitateurs ne laissèrent pas tomber l'incident. Ils voulurent forcer la main à Pie IX et ne se proposèrent rien moins que de le mettre à la tête d'une croisade contre l'Autriche.

Saisi d'indignation à cette seule pensée, le Père commun de tous les fidèles explique à son peuple, dans une proclamation en date du 10 février 1848, « qu'il n'existe aucun motif avouable à la guerre, et qu'aucun danger ne menace ni ne menacera l'Italie , tant qu'un lien étroit de confiance et de gratitude unira la force des peuples avec la sagesse des princes et la force du droit. » On dénature ses paroles par une interprétation mensongère : « Aux armes ! répètent les orateurs des clubs, aux armes pour l'Italie ! Voilà ce qu'a dit le Saint-Père. »

Mais le Pape, anxieux de couper court aux malentendus, ne se contente pas d'affiches muettes qui ne sauraient protester quand les partis en torturent le sens ; il convoque au Quirinal, dès le lendemain, les quatorze chefs de bataillons de la garde civique : <( Je vous

ai appelés, Messieurs, leur dit-il, pour vous demander si je puis compter sur vous. » Tous répondent affirmativement, à la vie et à la mort. — « Mais puis-je compter aussi sur le concours et la fidélité de la garde civique ? demanda Pie IX. » Les chefs de corps baissèrent la tête et gardèrent le silence. Le Pape comprit et n'insista point. Après s'être recueilli un instant , et sans doute après avoir offert son sacrifice à Dieu, il dit d'une voix ferme , mais les yeux pleins de larmes : « Messieurs, les circonstances sont si graves, et les' renseignements qui m'arrivent de toutes parts si peu rassurants, que je ne vois d'espoir, après Dieu, qu'en vous seuls. La garde que vous commandez m'a donné de nombreuses preuves d'attachement ; je lui confie ma personne, le sacré Collège, la vie et les propriétés de tous les citoyens. Dites-le au dehors. Messieurs; dites que si la garde civique venait à failhr à son devoir, c'en serait fait de la tranquillité publique et des améliorations introduites dans le gouvernement. Dites que j'ai chargé une commission de réunir toutes les dispositions déjà prises et de voir quelle extension nouvelle peut être donnée aux réformes. On me demande d'augmenter le nombre des membres de la consulte d'Etat; je le ferai et j'augmenterai en même temps leurs attributions. Ce que j'ai accordé sera maintenu. Un plus grand bien encore eût été fait, si ceux dont j'ai imploré le concours n'y eussent prétendu mettre des conditions. Ces conditions, je ne les accepterai jamais. Jamais, entendez-vous bien, jamais il ne sera dit que Pie IX a consenti à des choses contraires à son devoir comme roi et comme Pontife. Si on voulait m'y contraindre, si je me voyais abandonné des hommes que j'ai tant aimés et pour qui j'ai tant fait, je ne céderais pas, je me jetterais dans les bras de la Providence, qui, elle, ne m'abandonnera pas. Que les bons citoyens se tiennent donc en garde contre les malintentionnés qui, sous de vains prétextes, ne désirent que le désordre, afin de pouvoir s'emparer du bien d'autrui... Sur ce. Messieurs, allez, et que le ciel vous soit en aide! »

Ces paroles, répétées par toute la ville, tranquilhsèrent momentanément les citoyens paisibles, mais ne déconcertèrent pas les autres. Le soir du même jour, il février, le peuple s'étant de nouveau porté

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