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CHAPITRE CINQUIÈME

ser à l'univers, en faveur de l'Irlande affamée, un appel qui fut entendu. Il mit fin, par un concordat, aux douleurs et aux embarras de l'Eglise espagnole, spoliée par le pouvoir civil et dans, laquelle trente-neuf sièges épiscopaux étaient vacants. En Suisse, il envoya M^"" Luquet, évêque d'Hésébon, au secours des catholiques opprimés. En Angleterre, en Suède, il provoquait l'adoucissement des pénalités dont le protestantisme frappait encore le catholicisme. Dans le Wurtemberg, il soutenait laborieusement, mais victorieusement, les droits de l'Eglise contre les empiétements de l'Etat, dans l'élection d'un évêque de Rottenbourg. En Orient, il envoyait une légation extraordinaire, pour répondre à l'ambassade du sultan, et adressait à tous les chrétiens, schismatiques ou non, (6 janvier 18-48), un appel à la conciliation dont le retentissement dure encore, après tant d'années. En France, par un bref du 18 mars 18i8, il félicitait le peuple du respect qu'il venait de montrer pour la religion durant les journées de février, louait les évêques de leur vigilance, recommandait la prudence au clergé, et saisissait l'occasion pour protester, à l'exemple de Pie VII, contre les articles organiques abusivement ajoutés au concordat par Napoléon I", et pour rappeler que la dotation du clergé français n'est pas un don du pouvoir civil, mais une faible compensation des biens ecclésiastiques confisqués par la grande révolution.

A Rome, cependant les événements se hâtaient vers une crise fatale. La Haute-Italie semblait délivrée des Autrichiens. L'insurrection milanaise avait forcé Radetzky à capituler et à se retirer sur Mantoue, Vérone et Plaisance. Daniel Manin avait soulevé Venise et relevé la république des doges. Le roi Charles- Albert, peut-être par crainte de voir sa monarchie emportée, s'il ne prenait la tête du mouvement, passait le Tessin tout en refusant le concours de la république française que lui offrait Lamartine : « L'Italie fera d'ellemême, répondit-il; Italia farà dà se. » Parole hardie, mais que l'histoire de l'Italie devait démentir constamment, aussi bien dans les succès que dans les revers.

Pie IX ne pouvait se dispenser d'armer à son tour, ne fut-ce que pour assurer la sûreté de ses frontières. Il décida l'envoi d'un corps

de dix-sept mille hommes, qui devaient occuper Ferrare et Bologne, et y rester. Il en confia le commandement au général piémontais Durando.

Les clubs affectèrent de se méprendre sur sa résolution, et convoquèrent le peuple au Colisée pour remercier le Pape d'avoir déclaré la guerre à l'Autriche. L'immense amphithéâtre se ranima comme au temps des gladiateurs et des martyrs, et si l'on n'entendait plus les anciennes clameurs contre les chrétiens, on y était assourdi des cris non moins frénétiques de : A bas les Autrichiem! dehors les barbares! Fuor i barbari! Un moine barnabite vient se poser au milieu de l'arène. A la hardiesse de son geste, à la fièvre de son accent et à la bigarrure étrange de la croix qu'il brandit dans ses mains (une croix tricolore), on s'aperçoit vite que ce n'est pas l'humble religieux de saint Bonaventure qui, chaque vendredi, vient rappeler à une foule pieuse, sur ce sol imbibé de sang chrétien, les douleurs de la passion. Ce moine se nomme Gavazzi ; c'est un transfuge du cloître : « Bomains, s'écrie-t-il, le jour de la délivrance est arrivé! Voici l'heure de la croisade sainte ; aux armes ! Dieu le veut ! Celui-là n'est point digne d'être le descendant des maîtres du monde qui refuserait de vaincre ou de mourir pour l'indépendance de l'Italie; celle-là n'est pas digne d'être appelée romaine qui retiendrait dans ses bras son fiancé, ou qui verserait des larmes sur le départ de son fils. Bomains, vos aïeux ont conquis le monde; voulez -vous être dignes d'eux? — Oui, oui, répond la multitude; et le moine reprend: Voyez ces frontons de pierre, ces fûts de colonnes, ces ruines, antiques témoins de la gloire de vos aïeux, ce sont autant de tables que la patrie vous offre pour recevoir les noms des vaillants et des forts. 0 II s'arrête pour laisser à la foule le temps de signer les listes d'enrôlement, et il termine par cette apostrophe : « Salut, ô Capitole, vers lequel hier, esclaves de l'étranger, nous n'osions lever nos yeux sans honte, nous pouvons maintenant te regarder en face! Salut, rochers qui vîtes passer les Césars vainqueurs du monde, et les Brutus vainqueurs des Césars, nous rapprendrons à vos échos le nom sacré de la liberté ! Oui, nous jurons sur ce sol glorifié par les héros et sanctifié par les martyrs, devant cette croix symbolique,

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