‹ Pie IXChapitre 37 sur 288 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

emblème de la délivrance, nous jurons de ne rentrer dans Rome qu'après avoir égorgé jusqu'au dernier des barbares ! »

Les orateurs se succèdent, le délire est à son comble, et la multitude entraînée se porte au Quirinal pour présenter à la bénédiction pontificale le drapeau qui doit conduire les braves à l'extermination des barbares.

Le Pape ne se montra pas au balcon : « Je ne suis point un conquérant ni un exterminateur, dit-il; je suis le ministre d'un Dieu de paix. » Il consentit cependant à admettre dans son appartement cinq ou six délégués de la foule. On lui envoya les plus exaltés; ils entrèrent la menace à la bouche, mais ils furent dominés aussitôt par l'ascendant du Pontife et la bonté empreinte sur son visage. Ils se prosternèrent dès qu'ils l'aperçurent venant au-devant d'eux : (( Vous partez donc demain, mes enfants? — Oui, très-Saint-Père. — Savezvous où vous devez aller? — Où nos chefs nous conduiront. — C'est fort bien, mes enfants ; mais il est à propos que vous connaissiez aussi par moi-même votre destination. Sachez donc que vous partez uniquement pour protéger nos Etats contre une agression, si elle avait lieu, et non pour être agresseurs vous-mêmes... Pénétrez-vous bien de cette idée, et faites connaître à vos compagnons que telle est ma volonté formelle. » Puis il bénit, non l'étendard aux trois couleurs, mais la bannière pontificale que portait un des délégués.

Le piémontais Durando, général en chef du corps pontifical d'observation , n'en afficha pas moins , en arrivant à Bologne, un ordre du jour, où il disait que « Radetzky, profanateur des églises de Mantoue, faisait la guerre au Christ; que Pie IX avait béni l'épée de Charles-Albert ; que la présente guerre n'était pas une guerre nationale, mais une guerre chrétienne, et que les soldats du Pape, en marchant à l'ennemi , porteraient désormais la croix sur la poitrine, et se ralheraient au cri de : Dieu le veut ! »

Pie IX protesta , dans la Gazette de Rome, contre cette parodie des Croisades :

« Un ordre du jour, adressé aux troupes et daté de Bologne, le 5 avril , exprime des idées et des sentiments qu'il attribue faussement au cœur et aiLx lèvres de Sa Sainteté. Le Pape, quand il veut

manifester ses sentiments, parle lui-même et ne le fait pas par la bouche de subalternes. »

Mais, selon le proverbe, il n'y a pas de pires sourds que ceux qui sont décidés à ne pas entendre. Les agitateurs continuèrent à se réclamer du nom de Pie IX. Du reste, il faut l'avouer, à défaut de la personne du Pape, ils avaient avec eux trop d'ecclésiastiques, et des plus marquants, pour qu'il leur fût difficile de se couvrir au moins du manteau de la religion. L'abbé Gioberti , ministre de Charles-Albert, pérorait dans lesclubs romains; le P. Ventura se présentait au Pape, qui refusait de le recevoir, en qualité de ministre plénipotentiaire de l'insurrection sicilienne; le P. Gavazzi, pour suivre le général Durando, s'affublait du titre d'aumônier en chef de l'armée de l'indépendance ; bref, sans compter l'illustre philosophe chrétien Rosmini, dont la tête n'était guère plus solide, il semblait que la révolution fût réellement parvenue à entraîner l'Eglise, selon les plans de Mazzini , et que le Pape et ses ministres fussent seuls restés de sang-froid.

Pie IX jugea le moment venu de parler hautement. Il saisit, pour le faire , l'occasion du Consistoire secret du 29 avril où , retraçant dans un magnifique langage, l'histoire du gouvernement pontifical depuis trente années, il montra la double politique intérieure de l'Eglise, tantôt résistant aux injonctions des princes, comme sous Grégoire XVI à répoc[ue du fameux Mémorandum de 1831, tantôt s'efforçant , comme aujourd'hui , de contenir les passions des peuples, mais toujours semblable à elle-même aiL miUeu de la mobilité des choses humaines : « Si parmi nos sujets, dit-il, il en est qui se laissent entraîner par Tamour de la nationalité italienne , et par l'exemple des autres Italiens , l'Allemagne ne saurait nous en accuser justement, car nous n'avons aucun moyen

d'enchaîner leur ardeur Mais nous ne déclarerons point la

guerre à l'Autriche, attendu que... fidèle aux obhgations de notre suprême apostolat, nous embrassons tous les pays, toutes les nations dans un égal sentimeut de paternel amour... Nous protestons également, à la face du monde, contre ceux qui voudraient que le Pontife romain présidât à la constitution d'une nouvelle République

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