CHAPITRE CINQUIÈME. 6S
formée de tous les peuples d'Italie. Bien plus, à cette occasion^ nous engageons vivement les peuples italiens à se tenir en garde contre ces conseils funestes à l'Italie, et à s'attacher fortement à leurs princes, dont ils ont éprouvé l'affection... Agir autrement, ce serait non-seulement manquer au devoir, mais exposer l'Italie aux discordes intestines... Pour nous, nos efforts tendent à agrandir chaque jour le royaume de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, et non à reculer les limites de notre souveraineté temporelle..., et nous ne cesserons de protester contre la presse irréligieuse ou immorale, qui ne cesse de pousser aux troubles et aux discordes civiles, de prêcher la spohation des biens de l'Eglise, d'attaquer ses droits les plus sacrés, de déchirer par de fausses accusations le nom de tout honnête homme... »
Cette déclaration écartait tous les nuages amassés comme à plaisir, et montrait qu'entre les actes de la papauté et les plans des sociétés secrètes, il y avait un abîme. Elle souleva dans. Rome une véritable tempête. // nous a trompés! criaient par les rues les prêtres qui venaient de prêcher la croisade. // nous a trahis! répétait Giceruacchio les larmes aux yeux. M. Fiorentino, un des principaux meneurs, lança une brochure qui concluait ainsi : « Puisque Pie IX ne veut pas sauver les Italiens, les Itahens doivent se sauver sans lui! » Les séïdes inférieurs s'exprimaient avec une netteté plus brutale. La pohce arrêta un homme qui distribuait un pamphlet clandestin, intitulé : Histoire de Pie IX, Pape intrus, traître à la patrie, etc. Dès qu'il eut connaissance de cette arrestation, le souverain Pontife se fit amener le coupable , et après l'avoir interrogé avec douceur, il lui dit : ce Comme votre faute n'atteint que moi, je vous pardonne. » Ce malheureux, touché d'une telle générosité, fondit en larmes et, se jetant aux pieds du Saint-Père, offrit de lui révéler les noms des auteurs du pamphlet. Le Pape ne voulut rien savoir. « Que leurs fautes , s'écria-t-il , restent ensevelies dans le silence , et puisse le repentir pénétrer dans leurs cœurs! »
On parlait pubhquement de déchéance et de gouvernement pro- \'isoire; mais c'était aller trop vite : ce mot de gouvernement pro-
visoire émut le vrai peuple romain ; il faillit produire une réaction contre les clubs.
Le comte Mamiani, un des amnistiés du gouvernement pontifical, et, l'on s'en souvient peutrêtre, le seul qui lui eût refusé le serment, prit alors la direction du mouvement pour l'empêcher, soit d'avorter, soit de tourner en catastrophe. Il harangua la foule du haut d'un balcon, et annonça qu'on allait proposer à Pie IX un ministère libéral , dont les premiers actes seraient de retirer l'allocution ou de l'expliquer convenablement, et de donner à l'ambassadeur d'Autriche ses passeports. La foule battit des mains à ce programme; la garde nationale, afin d'en assurer l'exécution , alla s'établir en surveilknce devant les maisons des cardinaux qu'on présumait y être contraires. Le prince Rospigliosi, son commandant général, voulut la rappeler au devoir, et délivrer le cardinal Bernetti, selon l'ordre exprès du souverain Pontife. Mais son autorité fut méconnue, un des gardes porta l'audace jusqu'à croiser la baïonnette sur sa poitrine, et le prince, réduit à l'impuissance, donna sa démission.
Giceruacchio voulut massacrer tous les prêtres. Mamiani cherchant à le calmer, lui dit : a Notre cause est gagnée, gardons-nous de la compromettre aux yeux de l'Europe qui nous contemple. En révolution, la violence appelle la violence, et les bourreaux d'aujourd'hui sont les victimes de demain. — Et moi, je vous dis, répétait Giceruacchio, que pour sauver la révolution et ouvrir passage à la liberté, il faut tuer tous les prêtres. — C'est donc votre opinion bien arrêtée? — Absolument arrêtée. — Mais qui les tuera, ces prêtres? — Moi-même , si la patrie l'ordonne ! — Vous-même ! Vous pensez donc pouvoir les tuer tous? — Tous, non ; c'est impossible. — Vous voyez donc, conclut froidement Mamiani, que vous commettriez des assassinats inutiles. »
Désarmé et impuissant devant l'émeute, le cardinal Antonelli, qui avait déjà offert sa démission plusieurs fois, insista pour qu'elle ftît acceptée. « Je vais faire venir le comte Mamiani, dit Pie IX, et nous l'entendrons. » Mamiani accourut au Quirinal; on lui proposa de former lui-même un ministère. J'essaierai , répondit-il , mais je dois vous déclarer que si, pour ma part je me croirais très-honoré