CHAPITRE CINQUIÈME
d'avoir des cardinaux pour collègues, il n'en sera peut-être pas de même des hommes que l'opinion publique va m'imposer de choisir. On ne veut plus que des ministres laïques. C'est actuellement le mot d'ordre des cluhs et des journaux, avec lesquels nous sommes obligés de compter comme avec des puissances. Pie IX sourit tristement, se demandant en lui-même jusqu'à quel point l'homme qui lui parlait ainsi était étranger à ce mot d'ordre. Il exigea , toutefois, que le ministre des affaires ecclésiastiques, lequel serait en même temps président nominal du cabinet, fût un cardinal; pour le reste, il déclara qu'il croyait à la loyauté du comte, et que les circonstances le réduisaient à s'en remettre complètement à sa sagesse.
Mamiani fît accepter à ses amis, non sans peine, le nom du cardinal Giacchi, le moins impopulaire des membres du sacré Collège depuis sa protestation , comme légat, contre l'occupation deFerrare. Il garda pour lui-même le portefeuille de l'intérieur, et appela le comte Jean Marchetti aux affaires étrangères; le consulteur Pascal de Rossi, à la justice; le consulteur Lunati, aux finances ; le prince Philippe Doria-Pamphili, à la guerre; le duc de Riguano, au commerce et aux travaux publics, et Joseph Galetti, à la police.
Il ne put, toutefois, imposer au souverain Pontife tous les choix qu'il voulut, particulièrement dans la composition du haut Conseil et du conseil d'Etat. Comme la liste des conseillers d'Etat commençait par le nom du P. de Vico, savant astronome, qui avait quitté Rome avec tous les jésuites , ses confrères , Pie IX suspecta un piège tendu à sa candeur et à sa piété. « Je devine vos intentions; vous nommez le P. de Vico, conseiller d'Etat, pour qu'on ne croie pas que les jésuites sont persécutés à Rome, qu'ils en sont bannis. Je ne me prêterai pas à cette supercherie. » Et, d'un trait de plume, il biffa le mensonge qu'on voulait lui faire signer.
Le haut Conseil, à peine installé, n'eut rien de plus pressé que d'émettre un vœu solennel, plus semblable à une menace, en faveur d'une déclaration de guerre immédiate à l'Autriche. Pie IX répondit avec fermeté, « que déclarer la guerre est une prérogative inaliénable de la souveraineté, qu'il n'entendait céder cette prérogative à personne; que d'autre part, la guerre à laquelle on le conviait en ce
moment serait une guerre agressive, injuste, à laquelle par conséquent il ne fallait pas espérer de l'entraîner ; qu'il n'ignorait point les conséquences extrêmes qui pouvaient résulter de son refus, car les promoteurs de la guerre étaient les mêmes qui avaient caressé plus d'une fois l'idée d'enlever aux souverains Pontifes leur domaine temporel ; qu'il ne céderait point, qu'il n'abdiquerait point, et qu'au surplus il se confiait en la divine Providence. »
C'était là, du reste, la politique traditionnelle du Saint- Siège, et il ne sera pas inutile de rappeler à ce propos l'un des considérants du décret par lequel, quarante années auparavant, le 2 avril 4808, Napoléon I" avait enlevé à Pie VII les quatre provinces d'Urbin, d'Ancône, de Macerata et de Camerino.
« Attendu, disait le despote, que le souverain actuel de Rome a constamment refusé de faire la guerre aux Anglais..., et que la donation par Gharlemagne, notre illustre prédécesseur, des pays composant l'Etat du Pape, fut faite au profit de la chrétienté, et non des ennemis de notre sainte religion... »