‹ Pie IXChapitre 40 sur 288 · MINISTÈRES MAMIANI ET ROSSI. - ASSASSINAT DE ROSSI · texte numérisé non relu

MINISTÈRES MAMIANI ET ROSSI. - ASSASSINAT DE ROSSI

Tout en luttant contre les entraînements des révolutionnaires italiens , jusqu'à sacrifier sa popularité et à mettre son trône en péril, Pie IX, italien lui-même et avocat naturel de tous les opprimés^ ne se croyait pas dispensé d'agir en faveur de l'indépendance de l'Italie. Il écrivit à l'empereur d'Autriche, le 3 mai 1848, jour où fut composé le ministère Mamiani :

« Au milieu des guerres qui ensanglantent le sol chrétien, on vit toujours le Saint-Siège faire entendre des paroles de paix; et dans Notre allocution du 29 avril dernier, quand Nous avons dit que Notre cœur paternel a horreur de déclarer la guerre. Nous avons expressément manifesté Notre ardent désir de contribuer à la paix. Que Votre Majesté ne trouve donc pas mauvais que Nous Nous adressions à sa piété et à sa religion, l'exliortant, avec une affection toute paternelle, à retirer ses armes d'une guerre qui, sans pouvoir reconquérir à l'empire les cœurs des Lombards et des Vénitiens , amène à sa suite la funeste série des calamités, cortège ordinaire de la guerre, et que très -certainement abhorre et déteste Votre Majesté. Que la généreuse nation allemande ne trouve pas mauvais que Nous l'invitions à étouffer tout sentiment de haine et à changer en utiles relations d'amical voisinage une domination sans grandeur, sans résultats heureux, puisqu'elle reposerait uniquement sur le fer.

» Nous en avons donc la confiance, cette nation, si légitimement fîère de sa nationalité propre, ne mettra pas son honneur dans de

sanglantes tentatives contre la nation italienne ; elle le mettra bien plutôt à la reconnaître noblement pour sœur; elles sont toutes deux nos filles bien chères à notre cœur, et Nous aurons la joie de voir chacune d'elles, satisfaite de ses frontières naturelles, y demeurer en paix, méritant par des actes dignes d'elles la bénédiction du Seigneur.

» Sur ce, Nous prions Celui qui donne toute lumière, qui est l'auteur de tout bien, d'inspirer à Votre Majesté de saints conseils, pendant que du fond du cœur Nous donnons à Votre Majesté, à Sa Majesté l'impératrice et à la Famille impériale la bénédiction apostolique.

» Pie pp. IX. »

Si l'Autriche eût accueilli ces bons conseils de Pie IX, elle se fût épargné de grands désastres en 1859, et de plus grands en 1866. Plus tard, le même Père commun des fidèles adressera à la même « généreuse nation allemande, » un avertissement analogue en faveur de la France, et ne sera pas mieux écouté. Mais les contempteurs du deuxième appel n'auront pas à s'en applaudir plus que ceux du premier ; c'est là un ferme pressentiment dont notre plume française ne peut retenir l'expression.

Mais avant d'éprouver la sagesse des conseils de Pie IX, l'Autriche devait remporter encore, en Italie, plusieurs stériles et éphémères victoires. Charles-Albert n'avait pas su tirer parti des premiers succès des armes piémontaises. Il n'avait ni accepté les offres de l'Autriche, qui consentait à se retirer derrière l'Adige, ni poussé l'offensive avec vigueur; tandis qu'il s'obstinait dans cette double faute, des renforts arrivèrent à Radetzky, et bientôt Vicence, Padoue et Trévise retombèrent au pouvoir des Allemands. Vicence était occupé par la petite armée romaine du général Durando; il n'y eut de résistance sérieuse que de la part des Suisses au service pontifical, (( ces étrangers, ces mercenaires^ » comme les patriotes affectaient de les appeler. Quant aux purs démocrates du P. Gavazzi, ils n'accomplirent teur terrible serment « d'exterminer le dernier des barbares, » qu'en se débandant au premier choc, manœuvre qu'ils

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