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CHAPITRE PREMIER

Sinigaglia, petite ^ille de l'Ombrie, dans les Etats Pontificaux, est une des plus anciennes de l'Italie. Elle l'ut fondée par des Gaulois venus des bords de la Seine (les Sénonais, Senones ou peuple de la région de Sens, les mêmes qui prirent et saccagèrent Rome quatre cents ans avant l'ère chrétienne). Charmés de la beauté des rivages de l'Adriatique, ils se fixèrent en cet endroit et lui donnèrent le nom de Seno Gallia ou Sena Gallica.

Au début de la révolution française, au moment où la plus formidable des crises sociales ébranlait l'antique Gaule et s'apprêtait à bouleverser le vieux monde tout entier, Sinigaglia avait pour gonfalonier, ou administrateur principal, le comte Jérôme Mastaï Ferretti.

La famille Mastaï était une des plus connues du pays ; originaire de Crema, en Lombardie, elle avait quitté cette ville au xv*" siècle pour venir s'établir à Sinigaglia, où elle s'est distinguée depuis par

quatre cents ans de services publics et de vertus. Elle ajoutait à son nom celui de Ferretti, en raison d'une alliance avec le dernier rejeton de cette famille.

Le comte Jérôme avait pour femme Catherine Sollazzi, égale à lui par le rang et par la noblesse d'âme. Plusieurs enfants naquirent de cette union. Jean-Marie, qui devait être un jour Pie IX, fut le second. Il vint au monde le 13 mai 1792 (I).

Jérôme Mastaï se préoccupait à juste titre de l'orage qui approchait et de l'avenir incertain qu'il présageait à sa patrie et à ses fils. Il tâchait de préparer ces derniers, par de fortes études, à toutes les éventualités possibles. La comtesse, de son côté, s'efforçait de leur inspirer de bonne heure l'amour de Dieu et du prochain. Elle savait qu'en en faisant de bons chrétiens, elle en ferait par là même des hommes et les mettrait à la hauteur de la bonne comme de la mauvaise fortune.

Jean-Marie répondit admirablement à ces soins pieux. Il montrait une vive intelligence, une sensibilité exquise et une aimable pétulance que faisait briller encore davantage une figure ouverte, belle et expressive. Il avait sept ans à peine que déjà il s'associait par le cœur à la vie de l'Eglise et aux tribulations de son chef.

La révolution française avait envahi l'Italie. Le saint Pontife Pie VI, vieillard de quatre-vingt-un ans, enlevé de Rome pendant la nuit, était traîné de ville en ville, captif du Directoire. La comtesse

(1) Voici l'extrait de baptême de Pie IX. Ce document a été copié sur les registres de Sinigaglia, le 12 août 1871, et l'authenticité en est certifiée par la signature de l'évêque de cette ville, Mer Joseph Aggabarti. Nous croyons devoir le reproduire en entier, non-seulement parce qu'il fixe les dates, mais parce qu'il fait connaître exactement tous les prénoms du saint Pontife :

« Je soussigné, vicaire perpétuel de l'insigne cathédrale et église paroissiale de Saint-Pierre, apôtre de Sinigaglia, certifie ce qui suit :

« Le dimanche 13 mai 1792 ,

)) L'illustrissime seigneur Jean-Marie-Jean-Baptiste-Pierre-Pélegrin-Isidore, » fils de noble comte seigneur Jérôme Mastaï Ferretti, et de dame comtesse » Catherine Sollazzi, son épouse, a été baptisé par le révérendissime seigneur » chanoine Don André Mastaï. A été marraine Hiéronyme Moroni. Il est né ce » même jour, à une heure trois quarts du matin.

» Pierre Venturini, vicaire perpétuel. »

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