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CHAPITRE SIXIÈME

tairerie d'Etat, qu'il occupait déjà sous l'éphémère administration précédente, le cardinal Wizzardelli fut appelé à l'instruction publique, le duc de Rignano aux travaux publics et à celui de la guerre, l'avocat Cicognani à la justice, le professeur Montanari au commerce. M. Righetti fut adjoint au comte Rossi pour les finances, et le comte Guarini fut ministre sans portefeuille.

Gomme s'il eût prévu qu'il ne lui serait donné que peu de jours pour les consacrer à la noble cause dont il se chargeait, Rossi déploya une activité surhumaine pendant les deux mois de son passage aux affaires, du 16 septembre au 15 novembre. S'il ne put rien achever, il prépara des projets pour une longue administration. Il demanda des subsides au clergé, en obtint près de vingt-deux millions de francs, et commença aussitôt une réorganisation civile des Etats romains ; le caractère trop paternel des institutions que Pie IX avait fait revivre ne lui paraissant plus de mise en des temps agités comme les nôtres. Il négociait en même temps à Naples, à Turin et à Florence, pour mettre à exécution un plan déjà ancien et plusieurs fois indiqué par Pie IX : celui d'une confédération italienne dont le Pape aurait la présidence, et qui, tout en sauvegardant l'unité de la Péninsule, réserverait l'autonomie intérieure de chaque état. L'ambition piémontaise en prit ombrage, et trahit à ce propos ses futurs projets ; elle posa à son accession la condition singulière que le royaume de Naples, le plus puissant de la Péninsule, resterait en dehors de la confédération. Mais en dépit de ce mauvais vouloir, on doutait peu que l'habileté diplomatique de Rossi et la netteté toujours lumineuse de ses raisonnements ne parvinssent à dominer l'opinion générale des Itahens, comme l'autorité de sa parole dominerait les Ghambres romaines.

« Le suprême Pontificat, déclara-t-il un jour, est la seule grandeur qui soit debout, et qui , restant à l'Itahe, lui attire le respect et les hommages du monde cathohque. » Une autre fois, comme on paraissait douter si ce beau zèle d'un ancien conspirateur était bien sincère, et s'il se maintiendrait : « Pour réprimer les factieux, dit-il, je monterai à cheval et combattrai de ma personne, et l'on n'arrivera au Pape qu'en me passant sur le corps. » Et comme

preuve de sa résolution , il appela des carabiniers à Rome, ville que M. Mamiani avait laissée sans défense, et fît arrêter à Bologne le P. Gavazzi qui préludait à sa prochaine apostasie en prêchant la rébellion. Tout le monde sentit que la révolution avait enfin trouvé plus fort qu'elle. Les honnêtes gens respirèrent ; mais les clubs entrevirent avec effroi la restauration imminente et peut-être durable de l'ordre public; les clubs condamnèrent à mort le comte Rossi.

Sterbini , l'un des séïdes de Mazzini et de la Jeune Italie, prépat-a l'opinion à l'exécution de cette sentence. Il signala dans son journal M, Rossi comme appartenant à « cette école qui enseigne à faire naître les occasions d'incendier, de bombarder, de détruire les grandes capitales... » Rossi répondit dédaigneusement : «Tout le monde sait qu'il y a des louanges qui offensent et des blâmes qui honorent. »

L'ouverture des Chambres approchait. Le jour de cette ouverture, 13 novembre 1848, fut fixé par les clubs comme devant être le dernier de Rossi. Déjà l'abbé Ximenès, journaliste catholique, frappé en plein jour dans les rues de Rome par une main qui demeura impunie, avait subi cette a justice » du poignard qui est le dernier mot des arguments de la Révolution. — « Si la victime condamnée parvient à s'échapper, porte un des articles secrets de l'organisation de la Jeune Italie, elle sera poursuivie sans relâche, en tous lieux , et le coupable sera frappé par une main invisible, se fùt-il réfugié sur le sein de sa mère ou dans le tabernacle du Christ (1). »

Dans la nuit du 14 au 15 novembre, les ministres étaient réunis; ils délibéraient sur les mesures à prendre pour que l'ouverture des Chambres ne fournît pas aux fauteurs de désordres une occasion trop favorable. Rossi voulait confier aux carabiniers la garde du palais de la Chancellerie; mais la majorité de ses collègues opina que la garde civique suffirait , et qu'il ne fallait pas avoir l'air de s'attendre à tout propos à des mouvements séditieux ; Rossi finit par se ranger à leur avis : « Dieu m'est témoin , dit-il du ton ferme, hautain même , qui lui était habituel ; Dieu m'est témoin , que les

(1) Cité par Balleydier, Histoire de la Révolution de Rome.

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