‹ Pie IXChapitre 46 sur 288 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sans perdre de temps, la démagogie employa la journée du 16 novembre à recueillir les fruits de son crime du 15. Elle rédigea un programme réclamant entre autres choses une déclaration immédiate de guerre à l'Autriche et la convocation d'une Constituante. Plusieurs députés, suivis de la tourbe des malfaiteurs de la veille, se chargèrent de le porter au Quirinal. La foule, entassée sur la place, attendait. Pie IX refusa de recevoir la députation; le cardinal Soglia donna en son nom une réponse dilatoire, mais annonça avant tout que la violence n'obtiendrait rien. Des cris de colère accueillirent au dehors cette déclaration , et l'émeute commença à gronder.

Le palais était gardé par une centaine d'hommes, tant Suisses que gardes-du-corps. Le corps diplomatique ajoutait à la défense un appui moral. Parmi les représentants des puissances qui étaient accourus se ranger autour du Saint-Père, on cite le duc d'Harcourt, ambassadeur de France, M. Martinez de la Rosa, ambassadeur d'Espagne , le comte de Spaur, ministre de Bavière, MM. de Venda-Çruz pour le Portugal , Boutenieff pour la Russie , Figueredo pour le Brésil, et Liederkerke pour la Hollande. Le représentant de Piémont, et lord Minto, envoyé du gouvernement. anglais, y furent remarqués aussi, mais par leur absence; c'étaient les clubs qui avaient l'honneur de leurs assiduités. En compensation, un petit nombre d'étrangers dévoués avaient accompagné volontairement à ce poste d'honneur leurs ambassadeurs respectifs ; on nomme parmi eux deux Français : le comte de Malherbe et le P. Vaures,

Le cardinal Antonelli parcourait les appartements , afin de concerter la défense avec le capitaine des Suisses , M. Meyer de Schauensée. Postés aux portes extérieures, les Suisses reçurent l'ordre de faire usage de leurs armes pour les défendre au besoin, et, dans le cas où l'une d'elles serait forcée, de se rallier tous à l'entrée de la chambre du Saint-Père. Si ce malheur arrive, dit le cardinal Antonelli, nous serons là pour mourir avec eux!

Pie IX, au milieu de cette agitation, conservait toute sa sérénité. Debout contre la porte de son oratoire, où il se retirait par intervalles, il s'entretenait paisiblement avec ceux qui l'entouraient. On annonce de nouveaux arrivants : ce sont des officiers de carabiniers. Pie IX leur demande comment ils s'y sont pris pour s'ouvrir passage à travers la foule. Ils répondent qu'ils sont intervenus pour apaiser le peuple, que c'est comme mandataires du peuple qu'ils se présentent en ce moment; qu'ils viennent conjurer le Pape de céder à une nécessité trop évidente, et de remettre à Sterbini et à ses amis le salut de la chose publique : a Messieurs, leur dit le duc d'Harcourt, avec un mépris qu'il ne dissimula point, si vous faisiez votre devoir, vous empêcheriez par les armes des malheurs que vous ne préviendrez point par de stériles paroles. — Mais, observa un des officiers avec embarras, non- seulement la garde civique, mais les troupes de ligne, mais la gendarmerie, en un mot l'armée entière fraternise avec le peuple. — D'où il suit que nous ne pouvons pas compter sur vous, répliqua M. Martinez de la Rosa; à votre aise, Messieurs, laissez consommer un sacrilège déjà accompli en pensée par les menaces d'une canaille sans foi ni loi; mais auparavant, allez lui dire, à cette canaille, dont vous êtes les messagers, que l'Europe ne laissera pas ce forfait impuni, et que, pour ne parler que de l'Espagne que je représente ici, la vengeance de l'Espagne sera terrible! » Pie IX, avec plus de calme, déclara que subir les conditions de la révolte serait abdiquer, et qu'il n'avait pas le droit d'abdiquer; puis il congédia du geste ces lâches déserteurs.

Leur retour acheva d'exaspérer la foule. On essaya de mettre le feu à l'une des portes du palais; on en secoua la grille pour la renverser. Les Suisses, rangés derrière, crurent à une attaque; un

Page 1