‹ Pie IXChapitre 47 sur 288 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

d'eux lira à travers la grille. Les chefs de l'émeute n'attendaient que cela : « Trahison! Aux armes! On a tiré sur le peuple! Vive la République ! Mort aux prêtres ! » On parla d'incendier le Quirinal , d'incendier la basilique de Saint-Pierre ; on se répandit dans les maisons pour chercher des armes et des matières inflammables ; mais, en attendant, les meneurs s'écartaient prudemment de la grille, car les Suisses pouvaient tirer encore.

La révolution n'était pas seulement dans la rue avec la populace. A la Chambre des députés, le prince de Canino, Charles Bonaparte, avait empêché qu'on n'envoyât au Saint-Père une adresse pour lui exprimer des regrets de ce qui s'était passé la veille. A peine la foule, intimidée parla bonne contenance des Suisses, avait-elle commencé sa dispersion en faisant entendre des clameurs impuissantes, qu'on vit déboucher sur la place du Quirinal, tambours et musique en tête, et s'y ranger en bataille^ la garde civique, la gendarmerie, la ligne et la légion des volontaires romains. Le Pape et les personnes enfermées avec lui se crurent délivrés ; mais il n'en était rien. Des rangs de la troupe, comme du milieu du peuple, comme des toits des maisons et des clochers environnants, des balles commencèrent à pleuvoir sur le palais. Une d'elles tombe dans la chambre de Pie IX ; d'autres fracassent les fenêtres des chambres voisines; un cri de détresse se fait entendre; on court; c'est M^' Palma^, secrétaire des lettres latines, qui vient d'être atteint; il est frappé mortellement, et il expire presque aussitôt. On annonce une troisième députation, qui se présente cette fois, au nom du gouvernement provisoire. Quel est ce gouvernement provisoire? On ne sait; mais il a pour délégué M. Galetti, ancien ministre de la police dans le cabinet Mamiani. Huit heures sonnent, et il exige une réponse avant neuf heures. On introduit M. Galetti.

Le Pape le reçut seul et sans témoin, dans son cabinet. De leur entretien, qui fut long, on ne connut que le résultat; mais quand M. Galetti passa, en se retirant, sous les yeux des ambassadeurs, il paraissait honteux de la mission de violence qu'il venait d'accomplir. Pie IX, calme toujours, mais profondément triste, se tourna vers le corps diplomatique et annonça que, pour épargner à Rome les

derniers malheurs, il venait de subir un ministère composé de MM. Sterbini , Galetti , Mamiani , Lunati , et d'autres personnages qui ne lui étaient point connus, ou qui l'étaient sous de fâcheux auspices : «Messieurs, ajouta-t-il, je suis ici prisonnier. Sachez, et faites que l'Europe sache par vous, que je ne prends désormais aucune part au gouvernement , et que je veux y rester entièrement étranger. Je ne veux pas qu'on abuse de mon nom , et j'ai même défendu qu'on se serve des formules ordinaires en tête des décrets administratifs. » Les ambassadeurs se retirèrent, pleins de noirs pressentiments. Les cris sauvages de la démocratie avinée, qui en accompagnèrent quelques-uns jusque chez eux, leur prouvaient trop que la suspension du gouvernement de Pie IX serait aussi la suspension du règne des lois et de la sécurité publique.

Le 17 novembre, la Chambre des députés proposa d'envoyer au Pape une adresse de remerciements ; le prince de Canino s'opposa à cette motion et la fit rejeter. Canino, mécontent de n'avoir pas été porté sur la liste des membres du cabinet , s'efibrçait de donner de nouveaux gages à la révolution , afin de se rendre indispensable un peu plus tard. Ce fut lui qui, aidé de Sterbini, alla signifier aux Suisses, dont la fidélité avait tenu l'émeute en échec durant la journée précédente, l'ordre d'évacuer le Quirinal, et de céder leur place à la garde civique. Ces braves soldats s'éloignèrent en frémissant; ils obéirent, non aux injonctions du prince démagogue, mais au désir de Pie IX , qui ne les jugea pas en mesure de résister. Que pouvaient, en efî'et, soixante-dix hommes fidèles contre la défection de toute une armée? Les citoyens paisibles, et ils étaient nombreux encore, gémissaient de voir le Pape livré à la garde civique, mais ils se contentaient de gémir.

Une aurore boréale, qui embrasa un soir tout le ciel de Rome, ajouta encore aux frayeurs de la population. On cherchait , comme toujours, des présages dans ce météore; mais Canino fut presque seul à en trouver de réjouissants. 11 entra dans les salons de l'ambassade de France, en se frottant les mains : « Avez-vous vu le ciel , Messieurs? dit-il; c'est la pourpre des cardinaux qui s'envole! — Vous vous trompez , lui répliqua le duc d'Harcourt , c'est l'indice des

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