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CHAPITRE SEPTIÈME

de Spaur, femme du ministre plénipotentiaire de Bavière, eut le courage de l'essayer. Elle concerta l'entreprise avec son mari et l'ambassadeur de France.

Dans la soirée du 24, l'ambassadeur arrivait au Quirinal en grand équipage, précédé de coureurs et de torches. Introduit auprès du Saint-Père comme pour une réception solennelle, il aida celui-ci à quitter ses vêtements blancs pour un costume de prêtre ordinaire, lui couvrit les yeux d'épaisses lunettes, lui mit sur les épaules un large manteau et le fit échapper, par une porte dérobée, à travers les longs corridors du Conclave. Pour lui, resté seul dans le cabinet de Pie IX, il affectait de lire à haute voix et de parler avec animation, comme on fait dans une discussion qui s'échauffe. Les geôliers du Pape furent dupes de ce manège; ils ne prirent point garde que, dans la prétendue discussion, ils entendaient toujours la même voix. Enfin le duc d'Harcourt qui avait eu soin de baisser graduellement le ton, sortit doucement de la chambre, annonça aux gardes que Pie IX venait de se mettre au lit, et regagnant le palais de l'ambassade, passa de sa voiture de gala dans une chaise de poste pour rejoindre le fugitif.

Celui-ci, pendant ce temps, était arrivé en compagnie d'un seul serviteur, à la porte isolée des Quatre fontaines. Là, une voiture l'attendait. Des soldats lui adressèrent quelques mots sans le reconnaître, et le laissèrent passer. (( Adieu, monsieur l'abbé, » lui dit à haute voix son domestique, en l'installant seul dans la voiture et en refermant la portière, et les chevaux conduits par le comte de Spaur, l'entraînèrent au galop dans la direction d'Albano, où la comtesse de Spaur, qui avait quitté Rome quelques heures auparavant dans une berline de voyage attelée de quatre chevaux de poste, les rencontra dans la vallée d'Aricia. Au moment où ils la rejoignirent, une patrouille de cinq carabiniers vint à passer et s'arrêta justement pour les regarder. La comtesse, comprenant le danger, cria aussitôt, en s'adressant à Pie IX : a Est-ce vous, monsieur le docteur? vous vous êtes bien fait attendre ! » Les carabiniers laissèrent monter le Pape. Ils aidèrent même à relever le marchepied. Le Saint-Père prit place au fond de la berline, à côté de la comtesse ; le jeune Maximihen de Spaur

s'installa en face de lui ; une femme de chambre monta sur le devant auprès du cocher ; le comte, avec son chasseur, tous deux bien armés, se mirent sur le siège de derrière, et la berline s'élança du côté de Terracine.

On n'entendait que le bruit des roues ; le respect fermait la bouche aux compagnons de Pie IX. Celui-ci rompit le premier le silence, et dit, comme en réponse à la pensée de tous : « Soyez tranquilles , Dieu est avec nous, je porte sur moi le très -Saint-Sacrement. »

A Fondi, pendant qu'on relayait, un des postillons dit à son camarade : « Regarde donc cet abbé, comme il ressemble au portrait du Pape que nous avons chez nous. » Pie IX songea à Louis XVI arrêté à Montmédy en des circonstances tout à fait semblables ; mais le postillon n'insista point et parla d'autre chose.

(( Pendant toute la route, raconte M™^ de Spaur, le Saint-Père ne cessa de prier pour ses persécuteurs. En sortant de Terracine, il me pria de l'avertir quand nous serions à la frontière de l'état romain et du royaume de Naples. Lorsqu'il eut entendu de ma bouche ces mots : « Saint-Père, nous y sommes! » ib versa des larmes et récita le Te Deum. »

Ceci se passait un peu avant le lever du jour. A neuf heures et demie on atteignit le môle de Gaëte, où se trouvaient déjà le cardinal AntoneUi et le premier secrétaire de l'ambassade d'Espagne. Là, le comte de Spaur prit la route de Naples, chargé d'une lettre du Souverain-Pontife pour le roi Ferdinand II.

« Sire, écrivait Pie IX, le triomphe momentané des ennemis du Saint-Siège et de la rehgion m'a forcé, malgré moi, à quitter Rome. Je ne sais sur quel point du globe la volonté de Dieu, à laquelle je me soumets dans toute l'humilité de mon âme, conduira mes pas errants. En attendant, je me suis réfugié dans les états de Votre Majesté avec quelques personnes fidèles et dévouées. J'ignore quelles seront vos intentions à mon égard; dans le doute, je crois devoir vous assurer par l'entremise du comte de Spaur, ministre de Bavière auprès du Saint-Siège, que je suis prêt à quitter le territoire napolitain, si ma présence dans les états de Votre Majesté pouvait devenir un sujet de craintes ou de différends politiques. »

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