CHAPITRE SEPTIÈME
En arrivant à Gaëte, qui est à cinq milles du môle, Pie IX se rendit au palais épiscopal pour y demander l'hospitalité. Mais l'évêque était à Naples auprès d'un frère gravement malade; en son absence , son domestique ne voulut pas recevoir les hôtes qui se présentaient. Il leur dit qu'il ne les connaissait pas, qu'un évêché n'est pas une auberge, qu'il fallait chercher un gîte ailleurs. L'auguste réfugié et ses compagnons se virent réduits à frapper à la porte d'une petite maison appelée l'auberge du Jardinet. C'est là que le vicaire de Jésus-Christ dicta la protestation suivante, adressée à ses sujets et à tout l'univers :
« Les violences exercées contre Nous ces jours derniers, et la volonté manifeste de se jeter en d'autres excès, Nous ont contraints de Nous séparer momentanément de Nos sujets et de Nos enfants, que Nous avons toujours aimés et que Nous aimons toujours.
)) Parmi les motifs qui Nous ont déterminés à cette séparation (et Dieu sait combien elle est douloureuse à Notre cœur), celui dont l'importance est la plus grande, c'est d'avoir pleine liberté dans l'exercice de la puissance suprême du Saint-Siège, exercice que l'univers catholique pourrait supposer à bon droit, dans les circonstances actuelles, n'être plus libre entre Nos mains...
» Dans l'ingratitude de Nos enfants^ Nous reconnaissons la main du Seigneur qui Nous frappe, et qui veut Nous faire expier Nos péchés et ceux des peuples. Mais Nous ne pouvons, sans trahir Nos devoirs. Nous abstenir de protester solennellement en présence de tous, comme Nous protestâmes verbalement devant le corps diplomatique, dans les funestes journées du 16 et du 17, contre la violence inouïe et sacrilège dont Nous avons été l'objet. En conséquence, Nous déclarons tous les actes qui en ont été la suite nuls et de nulle valeur ni force légale. . .
» Et cependant, ayant à cœur de ne pas laisser sans chefs, Rome et Nos états. Nous avons nommé une commission de gouvernement composée des personnes suivantes : Le cardinal Castracane, M^'' Roberto-Roberti, le prince de Roviano, le prince Barberini, le marquis Bevilacqua de Bologne, le marquis Ricci de Macerata, et le lieutenant-général Zucchi. En confiant à ladite commission la direction
temporaire des affaires publiques , Nous recommandons à tous Nos sujets le calme et la conservation de l'ordre.
» Enfin, Nous voulons et ordonnons que de ferventes prières s'élèvent chaque jour vers Dieu pour Notre humble personne et pour le rétabhssement de la paix dans le monde, et spécialement à Rome où sera toujours Notre cœur, quelle que soit la partie du bercail qui Nous abrite. Et Nous, comme c'est le devoir du suprême sacerdoce. Nous invoquons très-dévotement la souveraine Mère de miséricorde, la Vierge immaculée, et les saints apôtres Pierre et Paul, afin que, comme Nous le désirons ardemment, l'indignation du Dieu tout-puissant soit éloignée de la ville de Rome et de tous Nos états. »
Cependant le comte de Spaur arrivait à Naples, au palais de la nonciature. Le nonce, M^"^ Garibaldi, qui avait passé la soirée chez un ami, venait de rentrer. Le comte lui demanda de le présenter sur-le-champ au roi de Naples ; mais le nonce objecta qu'il était minuit, qu'à cette heure avancée le roi serait couché sans doute. Alors le comte montra le pli cacheté aux armes pontificales à l'adresse du roi. « Reconnaissez-vous cette écriture et ce sceau? — C'est l'écriture et le sceau de Sa Sainteté. — Oui, Monseigneur, et il faut que je remette cette lettre moi-même et tout de suite. — Nous irons demain au point du jour, réphqua le nonce. — Monseigneur, dit le comte, j'ai des ordres formels, et je dois les remplir coûte que coûte. Au nom de Sa Sainteté, voulez-vous, oui ou non, me conduire chez le roi ? » Devant une pareille insistance, le nonce comprit qu'il s'agissait d'une mission vraiment urgente. Le roi prévenu, reçut immédiatement le ministre de Bavière, qui, tout en s'excusant de se présenter si tard, lui remit la lettre de Pie IX. Après l'avoir lue, Ferdinand II embrassa le comte et lui dit : « Revenez dans six heures, ma réponse sera prête. » Et quand, six heures après, le comte vint chercher cette réponse , le roi lui dit : « Nous allons la porter ensemble. »
Il avait passé la nuit à faire tout préparer pour le départ. Aucun détail ne lui avait paru indigne ; il avait veillé lui-même à ce qu'on rempht de linge plusieurs malles, à ce qu'on se munit de drap