CHAPITRE SEPTIÈME
blanc pour des soutanes, à ce qu'on emportât la plus belle vaisselle et les plus belles garnitures d'appartement. En même temps on chauffait, par son ordre, deux frégates à vapeur, le Tancrède et le Robert, et l'on y embarquait deux bataillons de troupes. A six heures, il monta lui-même sur le Tancrède, accompagné de la reine et de toute sa famille, du ministre de Bavière et d'une suite nombreuse, et les canons des forts annoncèrent le départ.
Le duc d'Harcourt abordait à Gaëte, sur une frégate française, presque en même temps que la flottille napolitaine. Il vint saluer le roi sur le rivage et, pour ne pas trahir encore l'incognito du Pape, il fut convenu qu'on se rencontrerait tous au palais du gouverneur. Pie IX, averti, s'y rendit de son côté.
Ferdinand II ne put retenir ses larmes quand il vit paraître le chef de l'Eghse, dépouillé de tous les attributs de sa haute dignité, presque seul, un bâton à la main, mais toujours doux, calme et souriant sous son tricorne noir, comme sous la triple couronne. La reine se mit à genoux sur l'escalier avec ses enfants ; toute la cour l'imita, et ils ne se relevèrent qu'après avoir reçu la bénédiction de l'hôte vénéré que le ciel leur envoyait.
Le roi mit toute son éloquence à faire agréer de Pie IX l'hospitalité de Gaëte, séjour tranquille et sûr, voisin delà frontière romaine, au miheu d'un peuple fidèle et sous Ja garde d'un rocher formidablement armé. Il lui céda son palais. Lui-même, avec la famille royale, s'installa dans une maison peu éloignée, d'où chaque jour il venait le visiter et souper en compagnie de la reine et de ses enfants à la table pontificale. Il fut également plein de prévenances pour les cardinaux et autres personnes delà petite cour romaine qui, peu à peu, rejoignaient le Pape. Sa générosité pourvut aux besoins de tous, avec empressement, avec allégresse. En un mot, ce pieux souverain, quoique l'un des moindres de l'Europe, se conduisit en grand roi.
Deux jours après son arrivée à Gaëte, Pie IX s'étant rendu à la chapelle de la Trinité, qui en est voisine, y fit à haute voix cette prière devant le Saint Sacrement , en présence du roi , de la cour, des cardinaux et des ambassadeurs.
« Dieu tout-puissant, mon auguste Père et Seigneur, voici à vos pieds votre Vicaire très -indigne, qui vous supplie de le bénir et de diriger ses pas. Sanctifiez ses intentions, ô mon Dieu, rectifiez ses actes, et gouvernez-le de telle sorte que, soit sur ce rivage, soit sur tout autre où il devra chercher un asile, il soit toujours l'instrument de votre gloire et de la gloire de votre Eglise persécutée.
» Si, pour apaiser votre trop juste colère, sa vie peut être un holocauste agréable à votre cœur, prenez-la : il vous l'ofire et vous ia dévoue. Prenez-la : n'est-ce pas vous qui la lui avez -donnée? Mais, ô mon Dieu! faites triompher votre gloire, faites triompher votre Eglise! Confirmez les bonS;, soutenez les faibles, réveillez de leur terrible sommeil tous ceux qui dorment dans le péché.
» Bénissez, Seigneur, le souverain qui est ici prosterné devant vous, bénissez sa compagne, bénissez sa famille. Bénissez tous ses sujets et sa fidèle armée. Bénissez avec les cardinaux tout l'épiscopat et le clergé, afin que tous accomplissent, dans les douces voies de votre loi sainte, l'œuvre salutaire de la sanctification des peuples. Avec cet espoir, nous pourrons non-seulement échapper ici-bas, dans ce pèlerinage terrestre, aux embûches des impies et aux pièges des pécheurs ; mais nous espérons aussi pouvoir mettre le pied au rivage de l'éternelle sécurité : Ut hic in xternum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur. »