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CHAPITRE VIII

La fuite du Pape déconcerta la révolution et consterna le monde. Les peuples, les princes, les parlements s'aperçurent alors combien l'indépendance pontificale est nécessaire à la sécurité des âmes, et quel vide laisse après lui ce pouvoir temporel , si souvent importun quand il est debout. Jusque dans les régions les plus lointaines, l'opinion, qui venait d'assister indiJBPérente à la chute de tant de trônes, s'ébranla en voyant tomber celui-ci. On commença, en attendant mieux, par protester contre cet écroulement, et par le considérer comme non avenu. Non-seulement la France, l'Autriche, l'Espagne, la Bavière, le Portugal, la Belgique et autres puissances catholiques, mais les puissances hérétiques ou schismatiques ellesmêmes : l'Angleterre, la Prusse, la Russie, qui toutes, il est vrai, comptent dans leur sein des minorités catholiques importantes , donnèrent ordre à leurs représentants à Rome de suivre le Pape dans son exil. Jamais la petite ville de Gaëte n'avait présenté une animation semblable ; jamais sa rade ne s'était vue aussi pleine de vaisseaux.

A Rome, la stupeur et l'effroi de la population furent dominés par la crainte. Les clubs et le ministère, après avoir affecté d'abord la plus entière indifférence, crurent ne pouvoir refuser à l'opinion publique de faire un semblant de tentative pour rappeler Pie IX ; mais le Pape refusa de recevoir leur députation , par la raison qu'il avait nommé lui-même une Commission de gouvernement , capable de suffire à tout , et que les Romains devaient commencer par laisser

cette Commission s'installer. Loin de se soumettre, les séditieux créèrent, le 12 décembre, une junte d'Etat. Pie IX protesta de nouveau; le parlement fut dissous par les clubs, la municipalité donna sa démission, et un despotisme sans frein pesa sur la ville éternelle. Alors Sterbini, Canino et les leurs, firent décréter, le 29 décembre, la convocation d'une assemblée nationale de l'Etat romain. Pie IX jugea qu'il était temps, pour sauver sa haute responsabilité, d'user de toute sa puissance, et, le 1" janvier 1849, il frappa d'excommunication majeure tous ceux qui coopéreraient à la formation de cette assemblée ou qui participeraient à des actes contraires à la souveraineté temporelle du Pape.

Les décrets de Pie IX furent placardés dans Rome, en dépit des révolutionnaires , par des mains fidèles. Les élections pour la Constituante n'en eurent pas moins lieu le 21 janvier, et les sociétés secrètes eurent recours à tous les moyens, intimidations, promesses, fêtes, musique, pour entraîner les électeurs. On réunit à grand peine vingt mille suffrages en deux jours ; encore un grand nombre de ces votes portaient-ils les noms de Pie IX, de saint Pierre, ou des membres de la Commission instituée par le Pape. Mais qu'importe à des autorités vraiment révolutionnaires d'être ou de n'être pas l'expression sincère du vœu des populations?

Dès la première séance, les nouveaux députés mirent à l'ordre du jour la déchéance de Pie IX. Sterbini, que la fuite du souverain qui l'avait fait ministre n'avait pas empêché de garder son portefeuille, appuya la motion , comme on devait s'y attendre ; le comte Mamiani, au contraire, la combattit vivement, et demeura digne de lui-même, car déjà, plutôt que d'y consentir, il s'était retiré du gouvernement. Spectacle plus étrange que rare : celui qui seul avait refusé le serment demandé par Pie IX aux amnistiés, était seul à le tenir, et ceux qui l'avaient prêté avec le plus d'éclat se faisaient gloire de le violer. Mais la puissance des clubs ne connaissait plus d'obstacles, surtout maintenant qu'elle était renforcée par la présence de celui qui, jusqu'à ce jour, les avait dirigés de loin. Mazzini, le chef de la Jeune Italie, parut tout à coup à Rome, et devint sur le champ maître de la situation.

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