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CHAPITRE HUITIÈME

Dans la nuit du 8 au 9 février, la Constituante décréta ce qui suit :

« Article premier. Le Pape est déchu de fait et de droit du gouyernement temporel de l'Etat romain.

» Article 2. Le Pontife romain aura toutes les garanties d'indépendance nécessaires pour l'exercice de sa puissance spirituelle.

» Article 3. La forme du gouvernement de l'Etat romain sera la démocratie pure, et prendra le nom glorieux de République romaine. »

Pourvu qu'on sache interpréter le deuxième, qui n'est qu'un mensonge provisoire et signifie juste le contraire de ce qu'il dit, on a, dans ces trois articles, le programme complet de la révolution itahenne. C'était là que tendaient les sociétés secrètes lorsqu'elles accablaient Pie IX d'ovations hypocrites ; Mazzini eut l'imprudence de s'en vanter après le succès, dans une séance de la Constituante romaine, le 6 mars 1849; c'est là ce qu'on veut réaliser encore intégralement. En vain, Victor-Emmanuel , en reprenant les deux premiers articles du programme pour le compte de son ambition personnelle, se flattera de pouvoir laisser le troisième de côté; la révolution se chargera d'apprendre à Victor-Emmanuel, ou à ses successeurs, qu'elle est plus forte qu'eux, en même temps que plus logique.

La Répubhque fut saluée par l'adoption du bonnet rouge dans les rues, et par toutes sortes de phrases emphatiques familières à l'éloquence démagogique : « Elle est vierge et non sanglante, » déclarait un de ses auteurs, déjà oublieux après quelques semaines du sang des Ximenès, des Rossiet des Palma. «Citoyens, s'écriait le ministre de la guerre, vous redeviendrez les Romains de l'antiquité. Là où flottera votre drapeau^ l'ombre de Brutus frémira, et la prunelle de Marins lancera des éclairs ! »

Mais des souvenirs ne sauraient suffire pour galvaniser un cadavre, ni des phrases pour changer en réalité une parodie ridicule. Tandis que les déclamateurs parlaient de fondre les cloches des églises pour faire des canons, et ne trouvaient de force réelle que contre les propriétés ecclésiastiques , dont ils décrétèrent la confiscation, et contre les prêtres de Saint- Vincent-de-Paul, les dames du

Bon-Pasteur, et d'autres religieux ou religieuses qu'ils chassaient de leurs couvents, le Pontife exilé protestait, le 14 février, devant les cardinaux et les représentants des puissances européennes :

« ... Le décret de la prétendue asssemblée Constituante de nos Etats, où l'on proclame la papauté déchue et remplacée par une prétendue République romaine. Nous met dans la nécessité d'élever de nouveau la voix contre un acte qui se présente à la face du monde avec les caractères multiples de l'injustice, de l'ingratitude, de la folie et de l'impiété... Nous vous dénonçons donc de la manière la plus formelle la nullité de cet acte, comme Nous l'avons fait pour les actes qui l'ont préparé. Vous fûtes. Messieurs, témoins des actes à jamais déplorables des 15 et 16 novembre dernier, et, avec Nous, vous les avez déplorés et condamnés. Vous avez fortifié notre esprit dans ces jours funestes ; vous Nous avez suivis sur cette terre où Nous a guidés la main de Dieu, qui élève et qui abaisse, mais n'abandonne jamais l'homme qui se confie en lui. En ce moment encore, vous Nous entourez d'une noble assistance; c'est pourquoi Nous Nous tournons vers vous, afin que vous veuilliez bien redire nos sentiments et nos protestations à vos cours et à vos gouvernements.

»... Nous exprimons ici les plaintes et les supplications de la majorité de nos sujets, qui demandent de voir briser les chaînes dont les écrase une faction. Nous demandons en même temps que l'on maintienne au Saint-Siège le droit sacré du domaine temporel , dont il est depuis tant de siècles le possesseur légitime, universellement reconnu , droit qui , dans l'ordre présent de la Providence, est indispensable pour le libre exercice de l'apostolat catholique de ce Saint-Siège. L'intérêt si vif qui s'est manifesté dans l'univers entier en faveur de notre cause, est une preuve éclatante qu'elle est la cause de la justice; c'est pourquoi Nous n'oserions même pas douter qu'elle ne soit accueillie avec toute sympathie, et une bienveillance entière par les nations dont vous êtes les représentants. »

La confiance de Pie IX n'était pas une illusion. Déjà l'initiative privée, devançant les secours officiels, avait institué en France la belle œuvre du Denier de saint Pierre, qui se répandait ensuite dans

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