GHA.PITRE HUITIEME
tout l'univers. Pour ne parler que de la France, sur laquelle tous les yeux étaient tournés, elle était dans un de ces moments de grandes inspirations où les passions, et les rivalités mesquines se taisent en elle, et où tout étonnée elle-même de se retrouver la fille aînée de l'Eglise, elle abandonne son épée à la main de Dieu , qui en a besoin pour écrire une nouvelle page de l'histoire de la religion et de l'humanité : Gesta Dei per Francos.
Le sentiment public était si prononcé, si impérieux , que les deux candidats à la prochaine élection présidentielle n'hésitèrent ni l'un , ni l'autre, pour s'en faire un appui, à rompre avec les sociétés secrètes et les journaux.
Le général Gavaignac , chef de ce parti républicain dans lequel , sauf de rares exceptions, la haine de l'autel est encore plus vivace que celle du trône, avait envoyé à Rome, dès le 27 novembre, non pas un fils de Voltaire, mais un catholique, M. de Corcelles , en mettant à sa disposition une brigade de 3,500 hommes, et le chargeant (( d'intervenir, au nom de la République française, pour faire rendre à Sa Sainteté sa liberté personnelle, si Elle en était privée. » Il est vrai , que son ministre des affaires étrangères, M. Bastide, insistait sur ces mots de « sûreté personnelle du Pape, » et n'admettait pas que la protection s'étendît au delà. Mais la France repoussait ces subtilités ; elle applaudissait aux nobles paroles de M. de Montalembert , dans la séance du 30 novembre 1848 : u La personne du Pape nous est infiniment chère et infiniment sacrée; mais il y a quelque chose de plus cher, de plus sacré pour nous, c'est son autorité! » Trois jours après, le général Gavaignac adressait à Pie IX et rendait publique la lettre suivante , où n'étaient plus exprimées les réserves de M. Bastide :
« Paris, le 3 décembre 1848.
» Très-Saint-Père, » La nation française, profondément affligée des chagrins dont Votre Sainteté a été assailhe dans ces derniers jours , a été aussi profondément touchée du sentiment de confiance paternelle qui portait Votre Sainteté à venir lui demander momentanément une hos-
pitalité qu'elle sera heureuse et fîère de vous assurer, et qu'elle saura rendre digne d'elle et de Votre Sainteté.
» Je vous écris donc pour qu'aucun sentiment d'inquiétude, aucune crainte sans fondement ne vienne se placer à côté de votre première résolution pour en détourner Votre Sainteté.
» La République, dont l'existence est déjà consacrée par la volonté réfléchie, persévérante et souveraine de la nation française, verra avec orgueil Votre Sainteté donner au monde le spectacle de cette consécration toute religieuse, que votre présence au milieu d'elle lui annonce, et qu'elle accueillera avec le respect et la dignité qui conviennent à cette grande et généreuse nation.
» J'ai éprouvé le besoin de domier à Votre Sainteté cette assurance, et je fais des vœux pour qu'elle lui parvienne sans retard prolongé.
» C'est dans ces sentiments, très-Saint-Père, que je suis votre
fils respectueux.
» Général Gavaignag. »
Le Saint-Père , répondit au général Gavaignac :
« Monsieur le général ,
» Je vous ai adressé, par l'intermédiaire de M. de Gorcelles, une lettre pour exprimer à la France mes sentiments paternels et mon extrême reconnaissance. Gette reconnaissance s'augmente de plus en plus à la vue des nouvelles démarches que vous faites auprès de moi , Monsieur le général , en votre propre nom et au nom de la France, en m'envoyant un de vos aides-de-camp , avec une lettre, pour m' offrir l'hospitalité sur une terre qui a été et qui est toujours fertile en esprits éminemment dévoués au Saint-Siège. Et ici, mon cœur éprouve le besoin de vous assurer de nouveau que l'occasion favorable ne manquera pas de se présenter, où je pourrai répandre de ma propre main, sur la grande et généreuse famille française, les bénédictions apostoliques.
. » Que si la Providence m'a conduit par des voies surprenantes dans le lieu où je me trouve momentanément, sans la moindre préméditation, sans le moindre concert, cela ne m'empêche point,